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Généraliste

Survivants des soins intensifs

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 4 j

Tout terrain nous fait découvrir une initiative de soutien destinée à ceux qui ont frôlé la mort..

Unité de soins intensifs

L’unité de soins intensifs (USI) est un service hospitalier spécialisé dans la prise en charge des patients atteints de maladies graves ou ayant subi des traumatismes majeurs. À l’Hôpital Royal Victoria de Montréal, cette unité compte une trentaine de chambres où les patients, souvent intubés et branchés à des appareils médicaux, luttent pour leur survie. Les intubés sont des personnes dont la respiration est assistée par une machine appelée ventilateur mécanique, qui remplace temporairement leur fonction pulmonaire. Les patients portent une jaquette verte et sont reliés à divers équipements : des tubes pour administrer des antibiotiques ou des nutriments, et des fils pour surveiller leur état en temps réel. Les alarmes des appareils sont constantes, reflétant la gravité des situations. Environ 30 % des patients admis en USI ne survivent pas, selon les estimations de l’infirmière clinicienne Caroline Hardy. Les autres, bien que sortis d’affaire, conservent souvent des séquelles physiques ou psychologiques durables.

Expérience des patients

Les patients admis en USI vivent une expérience traumatisante, marquée par un blackout de leur mémoire pendant leur séjour. Beaucoup se réveillent dans un état de confusion, affaiblis et incapables de marcher, sans comprendre pourquoi. Par exemple, Jason, un patient de 53 ans, a passé un mois et demi dans le coma après une rupture intestinale, avant de se réveiller sans aucun souvenir de cette période. Les professionnels de santé comme Caroline Hardy constatent que ces patients doivent souvent réapprendre à vivre, tant sur le plan physique que mental. Les séquelles incluent des douleurs diffuses, une perte de mobilité et des troubles de la mémoire. Pour aider à reconstruire leur histoire, les équipes rédigent des lettres chronologiques résumant leur hospitalisation, un outil qui facilite la réintégration de leur passé.

Impact émotionnel

Le travail en USI est émotionnellement éprouvant pour les soignants. Caroline Hardy, infirmière clinicienne, souligne que la proximité avec la mort et les drames quotidiens affecte profondément les professionnels. Elle explique que cette réalité rend impossible une distance totale avec les patients, tout en reconnaissant la difficulté de gérer ces émotions au quotidien. Les soignants doivent trouver un équilibre entre l’empathie nécessaire pour accompagner les patients et la préservation de leur propre santé mentale. Cette tension est décrite comme un défi constant, même si le métier reste perçu comme essentiel et gratifiant. Les témoignages de soignants révèlent une prise de conscience accrue de la fragilité de la vie.

Groupe de soutien

Pour aider les survivants des USI à surmonter les séquelles psychologiques, un groupe de soutien a été créé en 2018 par le médecin intensiviste David Hornstein. Ce groupe, animé par des professionnels de santé, permet aux participants de partager leur vécu dans un espace safe (sécuritaire), sans jugement. Les rencontres, organisées mensuellement à Montréal, accueillent une dizaine de participants, parfois accompagnés de proches. Le groupe cible particulièrement les patients ayant passé plus de temps en USI ou ayant subi une ventilation mécanique prolongée, car ces situations entraînent souvent des troubles de mémoire ou un delirium (état de confusion aiguë). L’objectif est de normaliser ces expériences et de briser l’isolement des survivants, qui se sentent souvent incompris par leur entourage.

Témoignages de survivants

Parmi les participants au groupe de soutien, Ariane de la Durantaye, infirmière praticienne spécialisée, partage son histoire. À 32 ans, elle a frôlé la mort après un grave problème cardiaque survenu peu avant son accouchement. Sous anesthésie générale pour une césarienne d’urgence, elle a risqué de ne pas se réveiller. À son réveil, elle a découvert qu’elle souffrait désormais d’insuffisance cardiaque et ne pouvait pas s’occuper immédiatement de son bébé, une situation qui l’a plongée dans une détresse intense. Son parcours illustre les défis physiques et émotionnels des survivants, ainsi que l’importance du soutien psychologique pour reconstruire leur vie. D’autres participants, comme Jack Rosenthal, 87 ans, survivant d’un accident de vélo, soulignent aussi les bienfaits de ces rencontres pour exprimer leurs émotions et trouver de l’espoir.

Ce que ça pourrait changer

Les professionnels de santé, comme Caroline Hardy et David Hornstein, jouent un double rôle : soigner les patients et les accompagner après leur sortie de l’USI. Caroline Hardy, qui suit les patients au *Centre de rétablissement*, note que leur expérience en USI les marque durablement. David Hornstein, à l’origine du groupe de soutien, explique que ces échanges permettent aux soignants de mieux comprendre les besoins des survivants et d’adapter leurs pratiques. Par exemple, des témoignages comme celui d’un patient ayant apprécié un simple geste (comme une main posée sur son bras) peuvent transformer les soins. Ces interactions renforcent également la résilience des professionnels, qui trouvent dans ces groupes une source de gratification personnelle et professionnelle.

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