Syrie : pas de transition durable sans justice, avertissent des enquêteurs de l’ONU
La transition syrienne ne pourra être durable sans justice pour les victimes, inclusion politique et garanties solides pour empêcher la répétition des violations des droits humains, ont averti mardi des enquêteurs indépendants de l’ONU devant le Conseil des droits de l’homme, à Genève..
En décembre 2024, la Syrie a connu un tournant politique majeur avec la chute du régime de Bachar al-Assad, marquant le début d’une période de transition. Depuis cette date, des avancées notables ont été réalisées, comme la création d’un organe législatif et d’une cour constitutionnelle. Ces institutions visent à rétablir un cadre démocratique et à garantir le respect des droits humains. Cependant, la tâche reste colossale en raison de l’héritage d’une guerre civile qui dure depuis plus de dix ans, marquée par des violences systématiques et des abus des droits humains. La Syrie doit reconstruire ses infrastructures, mais aussi ses institutions, tout en faisant face à des défis humains, politiques et économiques majeurs. La transition actuelle est donc fragile et nécessite un accompagnement extérieur pour éviter de reproduire les erreurs du passé.
Pour les enquêteurs de l’ONU, la justice est un pilier indispensable à la réconciliation en Syrie. Selon la commissaire Monia Ammar, aborder à la fois les violences passées et récentes est une étape essentielle pour rétablir la paix. Pourtant, malgré les progrès, le nombre de procédures judiciaires engagées reste insuffisant face à l’ampleur des exactions commises depuis 2011. Les violences récentes, comme celles survenues à Soueïda en juillet 2025 ou lors des hostilités de janvier 2025 impliquant les Forces démocratiques syriennes (FDS, un groupe armé soutenu par les Kurdes), montrent que les tensions persistent. Plus de 200 personnes sont toujours portées disparues, et des centaines de milliers de Syriens attendent que justice soit rendue pour les crimes commis.
La Syrie fait face à de nombreux défis qui menacent sa stabilité et sa reconstruction. Parmi eux, les opérations militaires israéliennes en territoire syrien, qui se multiplient depuis 2025, sont pointées du doigt par la Commission d’enquête de l’ONU. Ces incursions, incluant des raids et des arrestations arbitraires, ont déjà entraîné le déplacement de populations et des violations des droits humains. En septembre 2025, 49 personnes, dont deux enfants, ont été arrêtées par les forces israéliennes, certaines étant toujours détenues sans procès. Par ailleurs, la fragilité des mécanismes de reddition de comptes, la faiblesse de l’espace civique et l’héritage politique du conflit compliquent la transition. Les violences fondées sur le genre, les discours de haine en ligne et les menaces contre les militantes ajoutent à l’instabilité, notamment dans la région de Soueïda.
La Commission d’enquête de l’ONU s’est dite profondément préoccupée par les actions d’Israël en Syrie, qu’elle qualifie de possibles crimes de guerre. Les opérations militaires israéliennes, de plus en plus fréquentes et soutenues, incluent des incursions terrestres, des patrouilles et des fouilles. Ces actions violent le droit international humanitaire, un ensemble de règles visant à protéger les civils en temps de guerre. Les enquêteurs soulignent que ces violations pourraient être qualifiées de crimes de guerre si elles sont intentionnelles ou disproportionnées. La situation est d’autant plus critique que ces opérations aggravent les tensions et rendent la reconstruction encore plus difficile, dans un pays déjà fragilisé par des années de conflit.
Le nord-est de la Syrie, région majoritairement kurde, est un autre foyer de tensions. En janvier 2025, des hostilités entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et les forces gouvernementales ont entraîné des meurtres présumés de détenus. Par ailleurs, les conditions dans les camps de détention, comme celui d’Al-Rawj abritant plus de 2 000 personnes, principalement des femmes et des enfants, se dégradent. La Commission appelle à la fermeture immédiate de ce camp et au rapatriement des étrangers détenus, dont plus de 100 enfants depuis 2019. Enfin, un transfert forcé de plus de 5 700 hommes et garçons vers l’Irak, organisé par les forces américaines en 2025, a été dénoncé comme une violation des droits humains, ces personnes étant originaires de plus de 60 nationalités.
La communauté internationale a un rôle clé à jouer pour soutenir la Syrie dans sa transition. Selon Monia Ammar, la Syrie peut répondre aux aspirations de sa population si elle rompt avec l’héritage des violences et construit des institutions solides basées sur le respect des droits fondamentaux. La Commission d’enquête, créée en 2011 par le *Conseil des droits de l’homme* de l’ONU, insiste sur la nécessité de placer la justice, les droits humains et la prévention des violations au cœur de la reconstruction. Ses membres, indépendants et bénévoles, enquêtent sur les violations du droit international depuis le début du conflit. Leur travail vise à documenter les crimes et à encourager les autorités syriennes à agir pour éviter une récidive des violences.

