☕️ Fonction publique : l’État veut une IA qui libère du temps
La direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) a présenté sa revue stratégique de la fonction publique à l’horizon 2035-2050. Parmi les « grandes transitions » que la fonction publique doit absorber, le numérique et l’IA figurent en bonne place, avec la transition démographique, la transition écologique ou encore l’instabilité sécuritaire croissante.
La Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP), une branche du gouvernement français, a publié une revue stratégique pour préparer la fonction publique aux défis des années 2035 à 2050. Ce document identifie cinq grandes transitions majeures : le numérique et l’intelligence artificielle (IA), la transition démographique, écologique, ainsi que l’instabilité sécuritaire croissante. Parmi ces enjeux, le numérique et l’IA occupent une place centrale, avec une attention particulière portée à leur intégration progressive dans les services publics. Le rapport souligne que ces technologies ne doivent pas remplacer les agents humains, mais plutôt les aider à se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée, comme l’accompagnement personnalisé des usagers.
Le rapport de la DGAFP révèle un paradoxe dans l’utilisation des services administratifs en ligne. Bien que 82 % des démarches puissent désormais être réalisées en ligne, 44 % des personnes interrogées déclarent rencontrer des difficultés pour les effectuer. La DGAFP en conclut que l’accueil humain, que ce soit en présentiel ou par téléphone, reste indispensable, notamment pour les publics fragiles ou les dossiers complexes. L’objectif n’est pas de supprimer des postes d’agents, mais de libérer du temps pour des missions comme l’accompagnement individualisé. Cette approche vise à améliorer l’efficacité globale des services publics sans réduire les effectifs.
Le rapport met en lumière la dépendance de l’État envers ses prestataires informatiques, c’est-à-dire les entreprises privées qui fournissent des solutions logicielles ou des services numériques à l’administration. Pour réduire cette dépendance, la Direction interministérielle du numérique (Dinum), une autre entité publique, recommande que l’État emploie au moins 37 % de ses compétences numériques en interne. Cette proportion reste inférieure à la moyenne mondiale, qui s’élève à 67 % tous secteurs confondus. Le rapport cite l’Espagne comme exemple à suivre, avec un plan de numérisation ambitieux lancé entre 2021 et 2025, doté d’un budget de 2,6 milliards d’euros. Ce plan prévoyait la création de 1 700 postes de fonctionnaires spécialisés dans le numérique, avec des compétences en intelligence artificielle, cybersécurité et science des données.
L’exposition à l’intelligence artificielle au sein de la fonction publique varie fortement selon les secteurs. Plus de la moitié des agents seraient peu concernés par cette technologie, tandis que 20 % des agents, soit 1,1 million de personnes, seraient significativement exposés. Le rapport précise que l’IA ne devrait pas remplacer les métiers dans leur ensemble, mais plutôt transformer les tâches quotidiennes des agents. Par exemple, des tâches répétitives ou administratives pourraient être automatisées, permettant aux agents de se concentrer sur des missions à plus forte valeur ajoutée, comme l’expertise, le contrôle ou la relation avec les usagers. Cette évolution nécessitera des formations, des mobilités professionnelles, voire des reconversions pour certains agents.
Le déploiement de l’*intelligence artificielle* dans la fonction publique devrait entraîner une *recomposition profonde des emplois* et une évolution des méthodes de recrutement. Le rapport de la DGAFP indique que les critères de sélection pourraient privilégier des compétences comme l’*esprit critique* ou la *capacité de synthèse*, plutôt que des savoir-faire techniques spécifiques. Cette approche vise à mieux préparer les agents à travailler aux côtés de l’IA, en combinant leurs compétences humaines avec les capacités de traitement des machines. Le but est de créer une administration plus agile, capable de s’adapter aux changements technologiques tout en maintenant un haut niveau de service public.

