Tarifs et négociations : des entreprises restent confrontées à des incertitudes
Ce report ne contribue pas à dissiper l’incertitude qui pèse sur les entreprises..
Le président américain Donald Trump a annoncé le 18 août 2026 un report de trois jours, jusqu’au 21 août 2026, de l’application de nouveaux droits de douane de 50 % sur environ 28 milliards de dollars de marchandises canadiennes. Ces droits, initialement prévus pour le 19 août, visaient des secteurs spécifiques comme le miel, les bâtons de hockey, le ciment et le vin. Ce report a été obtenu grâce à un outil juridique peu connu, l’article 338 de la Loi douanière de 1930, utilisé pendant la Grande Dépression pour protéger l’économie américaine. Ce délai vise à permettre la poursuite des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis. Cependant, malgré ce sursis, les entreprises canadiennes restent dans l’incertitude quant à l’avenir de leurs échanges avec leur principal partenaire commercial.
Les entreprises canadiennes, représentées notamment par Manufacturiers et Exportateurs du Canada (MEC), la Chambre de commerce du Canada et la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), soulignent que ce report ne suffit pas à lever l’incertitude qui pèse sur leurs activités. Dennis Darby, PDG du MEC, explique que les entreprises ne peuvent pas prendre de décisions stratégiques à long terme (investissements, recrutement, adoption de technologies) sans connaître les conditions commerciales futures avec les États-Unis. Candace Laing, PDG de la Chambre de commerce du Canada, ajoute que cette situation n’est bénéfique pour personne et que le temps presse pour conclure un accord. L’incertitude actuelle freine la planification économique et menace la stabilité des chaînes d’approvisionnement nord-américaines.
Les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis ne datent pas de 2026. Depuis 2025, les États-Unis appliquent déjà des droits de douane sous l’article 232 de la loi sur l’expansion du commerce de 1962, invoquant la sécurité nationale. Ces droits concernent des produits comme le bois d’œuvre résineux, les automobiles, les pièces automobiles et l’aluminium. Ces mesures ont déjà eu un impact négatif sur plusieurs secteurs canadiens. Par exemple, le Conseil du commerce du bois et le Conseil des industries forestières de la Colombie-Britannique soulignent que le différend sur le bois d’œuvre résineux, qui dure depuis des années, reste un obstacle majeur. Ces droits de douane existants s’ajoutent aux nouvelles menaces de l’article 338, aggravant la pression sur les entreprises canadiennes.
Plusieurs secteurs économiques canadiens sont particulièrement vulnérables aux droits de douane américains. Serge Desgagnés, directeur général de l’Association canadienne du cartonnage ondulé et du carton-caisse, explique que les droits de douane sur les matériaux d’emballage (cartons, boîtes) auraient des répercussions sur l’ensemble de l’économie, car ces matériaux sont utilisés pour transporter des produits alimentaires, pharmaceutiques, des commandes en ligne et des pièces industrielles. Une hausse des coûts ou des retards dans ces secteurs pourrait entraîner des licenciements ou des fermetures d’usines. William Pellerin, avocat spécialisé en commerce international, précise que certains acheteurs américains ont déjà cessé leurs commandes de contreplaqué canadien depuis l’annonce des nouveaux droits de douane, même avant leur entrée en vigueur.
Les réactions des acteurs économiques et syndicaux reflètent des préoccupations variées. Dan Kelly, PDG de la FCEI, a déclaré que la levée des menaces de droits de douane de 50 % et l’approbation de l’oléoduc Keystone XL seraient des avancées positives, mais que les droits de douane sectoriels doivent aussi être réglés. Marty Warren, directeur national du Syndicat des Métallos, estime qu’il vaut mieux un mauvais accord qu’un accord sacrifiant les emplois canadiens, tout en reconnaissant que la pause actuelle offre un répit. Donald Trump a lié ces négociations à des enjeux politiques, comme la relance de l’oléoduc Keystone XL, abandonné depuis près de 20 ans, suggérant que sa reprise pourrait faire partie des concessions canadiennes dans les discussions.
Les conséquences de cette incertitude commerciale sont déjà visibles. **William Pellerin** indique que les entreprises américaines ont modifié leurs habitudes d’achat depuis juillet 2026, date de l’annonce des droits de douane de l’*article 338*. Certains exportateurs canadiens ont déjà perdu des ventes sur le marché américain, et cette tendance pourrait s’aggraver si les droits de douane de l’*article 232* ou de l’*article 338* restent en place. Les secteurs les plus exposés, comme l’acier, l’aluminium, l’automobile et l’emballage, risquent de subir des licenciements ou des fermetures d’usines. Les chaînes d’approvisionnement nord-américaines, déjà fragilisées, pourraient être encore plus perturbées, avec des répercussions sur l’ensemble de l’économie canadienne et américaine.

