À l'âge du fer, ce sont les femmes qui dirigeaient plusieurs sociétés en Grande-Bretagne
Une nouvelle étude de l'ADN de corps vieux de plus de deux millénaires confirme que les femmes jouaient un rôle essentiel dans certaines communautés celtes de l'âge du fer..
Les recherches archéologiques récentes montrent que certaines sociétés de l’âge du fer en Grande-Bretagne fonctionnaient selon un système matriarcal, c’est-à-dire où les femmes occupaient des rôles de pouvoir et de leadership. Ce terme désigne une organisation sociale où l’autorité et la prise de décision sont principalement exercées par des femmes. Contrairement aux idées reçues, ce modèle n’était pas marginal : il concernait plusieurs communautés celtes d’Europe occidentale. Les données génétiques issues de 500 individus inhumés dans le nord-est de l’Angleterre révèlent que les hommes suivaient les directives de leurs compagnes, tandis que ces dernières pouvaient avoir plusieurs partenaires masculins ou participer activement aux combats. Ces découvertes remettent en cause l’hypothèse traditionnelle d’une domination masculine systématique dans les sociétés anciennes.
L’étude génétique des 500 individus a permis de reconstituer les dynamiques familiales et sociales de cette époque. Les chercheurs ont identifié un système de matrilocalité, où les hommes s’installaient chez leurs épouses après le mariage, et non l’inverse. Ce principe signifie que la résidence du couple était déterminée par le lieu de naissance de la femme, renforçant ainsi son statut social. Par ailleurs, la filiation matrilinéaire était centrale : la transmission de l’appartenance à un clan et des droits associés se faisait de mère en fille, sur jusqu’à neuf générations. Cela implique que l’identité et les héritages étaient liés à la lignée féminine, et non masculine, comme c’est souvent le cas dans les sociétés patriarcales. Ce système a été observé dans un clan ayant vécu plusieurs siècles avant l’invasion romaine de 43 après J.-C.
Les résultats de l’analyse ADN indiquent que les femmes de cette société jouissaient d’un statut élevé. Certaines avaient plusieurs partenaires masculins simultanément, une pratique appelée polygynie, où une femme peut épouser plusieurs hommes. Cette organisation sociale était structurée en clans, et les unions entre deux groupes distincts étaient fréquentes, favorisant des alliances politiques et économiques. Les chercheurs, comme Rachel Pope, professeur d’archéologie à l’université de Liverpool, soulignent que ces découvertes « vont complètement changer notre vision de l’âge du fer ». Les femmes n’étaient pas seulement des figures symboliques : elles détenaient un pouvoir réel, avec des responsabilités politiques et militaires.
Au moins douze femmes issues des sépultures étudiées ont eu des enfants avec plusieurs hommes, ce qui suggère qu’elles occupaient des positions de cheffes de clan. Leur pouvoir se manifestait aussi dans leur capacité à choisir leurs partenaires, renforçant ainsi leur influence au sein de la communauté. Les lésions osseuses observées sur certaines dépouilles indiquent qu’elles participaient activement aux combats, une pratique rare dans les sociétés anciennes où les rôles de guerrières étaient généralement attribués aux hommes. Rachel Pope précise que des traces de ces combats remontent à l’époque de la résistance contre Rome. Ces femmes incarnaient donc à la fois des figures politiques et militaires, comme en témoigne l’exemple de la reine celte Boadicée, qui mena une révolte contre l’Empire romain en 60 après J.-C.
Ces découvertes concernent une période située plusieurs siècles avant l’invasion romaine de la Grande-Bretagne en 43 après J.-C. Les Grecs et les Romains, en arrivant sur l’île, furent surpris de constater que des femmes participaient aux combats, un phénomène documenté par des récits historiques. Les sépultures luxueuses découvertes dans les années 1950 avaient déjà suggéré l’importance des femmes dans ces sociétés, mais les analyses génétiques récentes ont confirmé et précisé ces hypothèses. Cependant, une étude publiée en 2026 indique que ce système matriarcal n’était pas généralisé à toute la Grande-Bretagne, mais plutôt limité à certaines communautés. Cette nuance souligne la diversité des organisations sociales à l’âge du fer.

