Les immeubles coopératifs d’Uruguay, un modèle face à la crise mondiale du logement
Dans ce pays d’Amérique du Sud, les logements coopératifs, qui facilitent l’accès à une forme de copropriété, se sont développés depuis les années 1970. Ils connaissent un regain d’intérêt dans un contexte de pénurie mondiale de logements, comme le raconte cet article du “Christian Science Monitor”..
L’Uruguay, petit pays d’Amérique du Sud, est reconnu pour son modèle de logements coopératifs, développé depuis les années 1970. Ce système permet à des groupes de personnes de s’associer pour construire ou gérer collectivement des immeubles, devenant ainsi copropriétaires à moindre coût. Contrairement à une copropriété classique où chaque propriétaire achète son logement, ici, les membres paient une cotisation initiale et des frais mensuels réduits, souvent bien inférieurs aux prix du marché immobilier. En 2026, l’Uruguay compte plus de 70 000 logements coopératifs, soit 5,1 % du parc immobilier national. Ce modèle, encadré par une loi depuis 1968, a permis de loger des classes moyennes et populaires sans dépendre des fluctuations des prix de l’immobilier, contrairement à d’autres pays où l’accès au logement est devenu un casse-tête économique.
L’histoire de Teresita Palomeque illustre concrètement ce système. Dans les années 1970, cette Uruguayenne, mère de trois enfants, rêvait d’acheter une maison, mais le coût était prohibitif. En rejoignant une coopérative de logement, elle a pu économiser progressivement pour payer sa cotisation. Après quatre ans de travaux, sa famille a emménagé en 1975 dans un appartement de trois pièces, situé dans un immeuble de brique rouge à Montevideo. Aujourd’hui, plus de 50 ans plus tard, elle y vit toujours, tout comme un millier d’autres membres de cette même coopérative. Son cas montre comment ce modèle a permis à des familles modestes de se loger durablement, sans endettement excessif ni risque de perdre leur logement en cas de difficultés financières.
Le monde fait face à une pénurie massive de logements, estimée à 288 millions d’unités selon les dernières données disponibles. Cette crise touche particulièrement les classes moyennes et populaires, qui peinent à accéder à la propriété en raison de la flambée des prix de l’immobilier. Dans ce contexte, les modèles alternatifs comme les coopératives de logement gagnent en popularité. Des pays comme la Suède, le Chili, le Danemark ou le Canada expérimentent des solutions similaires, mais l’Uruguay se distingue par son cadre légal ancien et son succès quantifié : 5,1 % de son parc immobilier est géré par des coopératives. Ce chiffre, bien que modeste, représente une alternative concrète et reproductible pour d’autres nations confrontées à la même crise.
Le modèle uruguayen repose sur plusieurs principes clés. D’abord, la mutualisation des coûts : les membres partagent les frais de construction, d’entretien et de gestion, ce qui réduit considérablement les dépenses individuelles. Ensuite, la stabilité : les loyers ou les mensualités sont fixes et souvent inférieurs aux prix du marché, protégeant les occupants contre l’inflation. Enfin, la solidarité : les décisions sont prises collectivement, ce qui renforce les liens sociaux et limite les risques de spéculation immobilière. Ce système a permis à des milliers de familles d’accéder à un logement décent sans s’endetter sur des décennies, contrairement aux prêts immobiliers classiques. Son succès repose aussi sur un soutien étatique, via des lois et des subventions, qui a facilité son essor dès les années 1960.
Le modèle uruguayen est aujourd’hui étudié et cité en exemple par de nombreux experts en urbanisme et en politiques du logement. Des médias internationaux, comme le *Christian Science Monitor*, le qualifient d’emblématique, soulignant son efficacité pour répondre à une crise mondiale. Contrairement à d’autres solutions, comme les programmes publics de construction ou les aides individuelles, ce système mise sur l’autogestion et la coopération, deux valeurs qui résonnent dans un contexte où l’individualisme immobilier domine. Son ancienneté (plus de 50 ans) et son ancrage dans la loi uruguayenne en font un cas rare de stabilité et de reproductibilité, même si son adaptation à d’autres contextes géographiques ou économiques reste à étudier.

