Comment l’agriculture peut-elle s’adapter aux étés de plus en plus secs ?
Alors que la France connaît, en cet été 2026, une situation exceptionnelle de sécheresse, les cultures agricoles souffrent. Dans le même temps, la loi d’urgence agricole, votée au Sénat le 21 juillet dernier, a entériné le doublement des objectifs de stockage de l’eau à usage agricole à l’horizon 2035.
En été 2026, la France fait face à une sécheresse exceptionnelle qui affecte gravement les cultures agricoles. Parallèlement, une loi d’urgence agricole, adoptée le 21 juillet 2026 au Sénat, a doublé les objectifs de stockage de l’eau à usage agricole d’ici 2035. Cette situation illustre un paradoxe : avec le réchauffement climatique, les besoins en eau des cultures augmentent, alors que les ressources en eau (nappes phréatiques, rivières, lacs) se raréfient. L’irrigation, qui représente entre 7 % et 12 % des prélèvements d’eau en France, consomme à elle seule environ 60 % de l’eau prélevée, car elle est majoritairement absorbée par les plantes ou évaporée et ne retourne pas aux hydrosystèmes. En période estivale, l’irrigation peut atteindre 90 % de la consommation dans certaines régions comme le sud-ouest ou la zone méditerranéenne, alors que les débits des cours d’eau sont au plus bas.
Le changement climatique aggrave la situation : pour chaque degré de réchauffement supplémentaire, l’évaporation augmente d’environ 7 %, ce qui réduit encore davantage les ressources en eau disponibles. Les sécheresses deviennent plus fréquentes et plus longues, tandis que les besoins en eau des cultures augmentent avec les températures. L’agriculture se trouve donc confrontée à un double défi : réduire ses prélèvements dans les hydrosystèmes tout en sécurisant les rendements. Pour y répondre, deux leviers principaux sont identifiés : diminuer les besoins en eau des cultures et améliorer l’infiltration et le stockage de l’eau dans les sols. L’enjeu est de concilier ces objectifs avec la nécessité de maintenir une production agricole viable.
Une solution consiste à sélectionner des espèces ou des variétés de plantes tolérantes à la sécheresse. Ces variétés peuvent réduire les besoins en eau des cultures, mais il faut trouver un équilibre entre leur capacité à résister au manque d’eau et leur rendement. En effet, une plante en stress hydrique peut développer davantage ses racines pour chercher de l’eau, au détriment de la croissance des parties récoltées, ce qui peut entraîner une baisse des rendements. Les recherches en cours, comme celles menées par l’INRAE, visent à identifier des variétés qui combinent résistance à la sécheresse et productivité. Cette approche est complémentaire à d’autres méthodes pour améliorer la résilience des cultures.
La capacité des sols à infiltrer et stocker l’eau dépend de leur texture (proportion de sable, limon et argile) et de leur teneur en matière organique, issue des résidus végétaux et de l’activité des organismes du sol. Ces propriétés influencent la quantité d’eau que le sol peut retenir et la manière dont elle circule. Certaines pratiques agricoles, comme l’agroécologie, favorisent une bonne structuration des sols, ce qui améliore l’infiltration de l’eau et limite le ruissellement. Par exemple, maintenir une couverture végétale entre deux cultures protège le sol de l’évaporation et apporte de la matière organique, augmentant ainsi la capacité du sol à retenir l’eau.
L’agroécologie propose plusieurs pratiques pour améliorer le stockage de l’eau dans les sols. Parmi elles, on trouve les couverts végétaux permanents, qui limitent l’évaporation et enrichissent le sol en matière organique, les rotations de cultures pour stimuler l’activité biologique du sol, et la réduction du travail du sol, comme la suppression du labour, pour préserver sa porosité. L’introduction d’arbres (agroforesterie) modifie également le microclimat en réduisant l’évaporation et en explorant des couches profondes du sol pour mobiliser l’eau. Ces pratiques, souvent combinées, forment ce qu’on appelle l’agriculture de conservation des sols. Elles peuvent augmenter le réservoir d’eau utile du sol de 10 à 15 % par rapport à des sols labourés, mais leurs effets varient selon les types de sols et peuvent prendre plusieurs années à se manifester.
L’irrigation reste nécessaire pour certaines cultures sensibles à la sécheresse, comme le maraîchage ou l’arboriculture. Cependant, son usage peut être repensé pour maximiser ses bénéfices à long terme. Le projet TAI-OC, mené en Occitanie depuis fin 2022, explore l’idée d’une irrigation multiservice, qui ne se limite pas à un usage productif immédiat mais contribue à renforcer les fonctions écologiques des agroécosystèmes. Par exemple, irriguer pour installer des arbres ou des plantes favorisant les pollinisateurs ou enrichissant le sol en nutriments. Cette approche vise à réduire la dépendance globale à l’eau en améliorant la fertilité des sols et le stockage de carbone et d’eau. Les recherches en cours cherchent à quantifier l’impact de cette irrigation multiservice sur la réduction des prélèvements en eau.
Les pratiques agroécologiques commencent à être intégrées dans des projets territoriaux de gestion de l’eau (PTGE), qui visent à équilibrer les usages de l’eau, la disponibilité des ressources et la qualité des milieux aquatiques face au changement climatique. Ces projets, menés à l’échelle des bassins versants, montrent que la gestion quantitative de l’eau et la transformation des systèmes agricoles doivent être pensées ensemble. Les solutions de stockage de l’eau dans des retenues ne devraient être envisagées qu’après une évaluation comparative de l’ensemble des leviers disponibles, comme l’évolution des systèmes de culture, les économies d’eau ou la recharge des nappes. L’objectif est de retenir la combinaison de solutions la plus pertinente au regard des enjeux locaux, ouvrant ainsi la voie à un nouveau modèle de gestion de l’eau.

