« On apprend à souffrir en silence » : dans les écoles de vétérinaires, des suicides et un mal-être généralisé
Après quatre suicides depuis la rentrée de septembre 2025, les écoles vétérinaires et le ministère ont dû prendre la mesure de la détresse psychologique de leurs étudiants. Depuis des années, élèves, associatifs et professionnels tentent d'alerter les directions sur ce risque imminent.
L’article révèle une crise de santé mentale majeure parmi les étudiants en écoles vétérinaires en France, marquée par des cas de suicides et une souffrance psychologique généralisée. Entre 2017 et 2022, au moins huit étudiants se sont donné la mort dans ces établissements, selon des données compilées par des associations étudiantes. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte plus large de détresse psychologique qui touche l’ensemble de la population étudiante vétérinaire, avec des taux d’anxiété et de dépression bien supérieurs à la moyenne nationale. Les raisons évoquées incluent la pression académique intense, la peur de l’échec, et un sentiment d’isolement face à des études longues et exigeantes. Les étudiants décrivent une culture du silence où la souffrance est souvent minimisée ou ignorée, ce qui aggrave leur mal-être.
Les écoles vétérinaires françaises sont réputées pour leur sélectivité et leur exigence académique. Les étudiants y suivent un cursus de six ans, incluant des stages pratiques éprouvants et des examens théoriques très compétitifs. Selon l’article, la charge de travail est telle que certains étudiants dorment moins de cinq heures par nuit pendant les périodes de révision. Cette pression constante génère un stress chronique, avec des conséquences graves sur la santé mentale. Les témoignages recueillis montrent que les étudiants craignent constamment de ne pas être à la hauteur, malgré leurs efforts. Les enseignants, souvent eux-mêmes issus de ce système, peinent parfois à reconnaître l’ampleur de la souffrance de leurs élèves.
Malgré les alertes répétées, les étudiants vétérinaires dénoncent un manque de structures d’accompagnement adaptées à leurs besoins. Les dispositifs de soutien psychologique existants, comme les cellules d’écoute ou les psychologues dédiés, sont jugés insuffisants ou inaccessibles. Les associations étudiantes, comme l’Association Nationale des Étudiants en Vétérinaire (ANVE) ou le Réseau des Étudiants en Vétérinaire (REV), ont multiplié les initiatives pour alerter sur cette situation, mais leurs demandes restent souvent sans réponse concrète. Les étudiants pointent aussi un manque de formation des enseignants et du personnel administratif pour repérer et accompagner les élèves en détresse. Les rares initiatives mises en place, comme des ateliers sur la gestion du stress, sont perçues comme des solutions ponctuelles et insuffisantes.
Un des problèmes centraux identifiés est la culture du silence qui entoure la souffrance psychologique dans les écoles vétérinaires. Les étudiants expliquent que parler de leur mal-être est souvent perçu comme un signe de faiblesse, voire de manque de motivation. Cette stigmatisation les pousse à taire leurs difficultés, ce qui aggrave leur isolement. Les témoignages recueillis révèlent que les étudiants préfèrent souffrir en silence plutôt que de risquer d’être jugés ou exclus du système. Les rares qui osent en parler se heurtent parfois à des réactions minimisantes de la part de leurs pairs ou de leurs enseignants. Cette culture est renforcée par un environnement où la résilience est valorisée au détriment du bien-être mental.
Face à l’urgence de la situation, des associations et des étudiants réclament des mesures concrètes pour améliorer la santé mentale dans les écoles vétérinaires. Parmi leurs revendications, on trouve la création de **cellules d’écoute permanentes** avec des psychologues spécialisés, la mise en place de formations obligatoires pour les enseignants sur la détection des signes de détresse, et une meilleure information sur les dispositifs d’aide existants. Certaines écoles ont commencé à réagir, comme l’école vétérinaire de Lyon, qui a mis en place un **dispositif d’alerte** pour les étudiants en difficulté. Cependant, ces initiatives restent limitées et inégales selon les établissements. Les étudiants demandent aussi une **réforme du système éducatif** pour réduire la pression académique et favoriser un équilibre entre vie étudiante et réussite professionnelle.

