NapseflowNapseflow
Géopolitique

Xi Jinping et le problème du Ciel

Le Grand Continent · mis à jour il y a 6 j

Une nouvelle lecture du tianxia et de l'empire universel. L’article Xi Jinping et le problème du Ciel est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Retour du Tianxia

Le terme tianxia (ce qui est sous le Ciel), vieux de trois millénaires, fait un retour remarqué dans les débats intellectuels et politiques chinois depuis le début du XXIe siècle. Il désignait autrefois l’espace terrestre soumis à l’autorité morale du souverain, considéré comme le mandataire du Ciel. Ce concept repose sur l’idée d’un ordre universel où l’unité garantit la paix et la puissance. Après avoir été éclipsé par l’idéologie républicaine puis communiste, il est aujourd’hui réinvesti pour décrire la vision que la Chine a d’elle-même et de l’ordre mondial qu’elle souhaite promouvoir. Le tianxia incarne une conviction ancienne : l’unité est la seule condition de l’ordre et de la puissance, une idée qui influence désormais les discours officiels et les réflexions philosophiques en Chine.

De l’empire à l’État-nation

Au début du XXe siècle, la Chine a abandonné l’idée de tianxia pour adopter le modèle de l’État-nation, inspiré par des réformateurs comme Liang Qichao (1873-1929). Ce changement visait à moderniser le pays face aux puissances étrangères, en créant une identité nationale (frontières, langue, histoire unifiée). Cependant, depuis une vingtaine d’années, la Chine réhabilite partiellement son héritage impérial, tout en conservant les frontières héritées de la dynastie Qing (9,6 millions de km²). Aujourd’hui, trois courants coexistent : le discours officiel, qui utilise des références classiques sans adopter directement le tianxia ; les philosophes et juristes, qui en font un système politique ; et leurs détracteurs, qui critiquent l’Occident mais peinent à proposer une alternative viable.

L’Unité comme idéal

L’idée d’unité (Un) est au cœur de la pensée politique chinoise depuis les Royaumes combattants (Ve-IIIe siècle av. J.-C.). Le philosophe Mencius affirmait que le monde ne trouverait la paix que par l’unification sous un seul dirigeant, à condition qu’il ne prenne pas plaisir à tuer. Cette vision a influencé l’histoire impériale, où l’unité était perçue comme la seule alternative au chaos. Aujourd’hui, cette idée est reprise par des intellectuels comme Zhao Tingyang, qui propose un ordre mondial « sans dehors » (wuwai), où les nations collaboreraient pour éviter les conflits. Cependant, cette vision s’oppose à la modernité politique occidentale, qui valorise le pluralisme et l’équilibre des pouvoirs.

Le rôle du Parti communiste

Le rapport présenté par Xi Jinping lors du 19e Congrès du Parti communiste chinois (PCC) en octobre 2017 marque un tournant dans la promotion d’un ordre mondial inspiré du tianxia. Ce rapport décrit une téléologie en trois étapes : la Chine, après des siècles de déclin, s’est relevée, enrichie et devient désormais puissante. Le PCC y est présenté comme l’unique acteur de cette transformation, avec une ambition claire : offrir une « solution chinoise » au reste du monde. Le texte insiste sur l’unité à toutes les échelles, notamment en appelant les ethnies à se serrer « comme les graines d’une grenade » et en promettant de ne jamais céder Taïwan. Le PCC se présente comme le nouveau centre d’un ordre mondial harmonieux.

Zhao Tingyang et le modèle Tianxia

Le philosophe Zhao Tingyang (né en 1961) est l’un des principaux théoriciens contemporains du tianxia. Dans son ouvrage Le Système du Tout-sous-le-Ciel (2005), il critique l’ordre international actuel, qu’il juge anarchique et inspiré par une « politique de l’ennemi » occidentale. Il propose un modèle où les nations collaboreraient pour éviter les conflits, en s’inspirant d’un « modèle du tourbillon » où les peuples des marges seraient attirés vers le centre par une dynamique objective. Zhao rejette le concept d’impérialisme pour la Chine, qu’il considère comme une simple expansion naturelle. Il défend aussi une « démocratie intelligente », où la science et les ministres pourraient bloquer une décision royale si nécessaire. Ses thèses, bien que non officielles, épousent les ambitions du régime.

Critiques internes au Tianxia

Le concept de tianxia suscite des critiques en Chine, notamment de la part de l’historien Ge Zhaoguang (université Fudan), qui publie en 2015 une analyse démontant l’idée d’un tianxia harmonieux. Selon lui, ce concept a toujours reposé sur des hiérarchies (Chinois/barbares, dirigeants/peuples) et des expansions militaires. Ge voit dans le regain d’intérêt pour le tianxia une réponse au déclin de l’influence occidentale, mais aussi un risque de repli nationaliste. D’autres, comme Xu Jilin, proposent une version modernisée du tianxia (tianxia 2.0), où l’égalité souveraine des États remplacerait la hiérarchie. Xu suggère d’étendre le principe « un pays, deux systèmes » aux régions autonomes, mais son modèle reste centré sur l’autorité du PCC.

Ce que ça pourrait changer

Les critiques chinoises de l’Occident, portées par des intellectuels comme Zhao Tingyang ou Xu Jilin, pointent des faiblesses réelles : l’incapacité des États-Unis à assurer un leadership climatique, les inégalités sociales, ou la fragilité de l’ordre libéral issu de 1945. La Chine se présente comme une alternative, avec une tradition politique centrée sur le primat du politique sur le capital, et des investissements massifs dans les technologies vertes. Cependant, l’article souligne que la Chine reste le premier émetteur mondial de CO₂, malgré ses efforts. Les débats internes montrent que la question de l’ordre mondial est loin d’être tranchée, entre ceux qui défendent un retour à l’empire et ceux qui prônent une modernisation du *tianxia*.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.