Antisémitisme de Jordan Bardella : le RN stoppé dans sa tentative de séduction des juifs de France ?
L’ESSENTIEL Selon une enquête de Mediapart , Jordan Bardella, président du Rassemblement national, aurait écrit de nombreux commentaires antisémites par le passé. En France, plusieurs enquêtes montrent que le vote des juifs autodéclarés s’est déplacé vers la droite et l’extrême droite ces dernières années.
En septembre 2024, le journal Mediapart publie une enquête révélant que Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), aurait écrit dans le passé des commentaires jugés antisémites. Ces propos, selon l'article, reprendraient des stéréotypes classiques de l'antisémitisme. Bardella dément catégoriquement ces accusations. Cette polémique relance les débats sur l'antisémitisme historique du RN, un parti issu du Front national, connu pour ses liens passés avec des figures négationnistes ou antisémites. La dédiabolisation du RN, stratégie visant à adoucir son image depuis les années 2010, est ainsi remise en question. Le RN cherche depuis des années à apparaître comme un défenseur des juifs en France, une image qui pourrait être compromise par cette affaire.
Traditionnellement, les électeurs juifs en France votaient à gauche, notamment pour le Parti socialiste ou le Parti communiste. Cependant, depuis les années 1980, ce vote s'est progressivement déplacé vers la droite et l'extrême droite. Par exemple, lors de l'élection présidentielle de 2012, 45 % des électeurs juifs ont soutenu Nicolas Sarkozy au premier tour, contre 27 % pour l'ensemble de la population. Ce changement s'explique en partie par des craintes liées à l'insécurité et à la répétition d'attaques antisémites en France, comme le meurtre d'Ilan Halimi en 2006 ou l'attaque de l'hypercasher en 2012. Les électeurs juifs perçoivent désormais La France insoumise (LFI) comme plus dangereuse que le RN en termes d'antisémitisme, malgré l'histoire du parti d'extrême droite.
Plusieurs facteurs expliquent ce vote paradoxal des juifs pour le RN, malgré son passé antisémite. D'abord, la question de l'insécurité est centrale : 93 % des électeurs ayant voté pour Jean-Marie Le Pen en 2012 estiment qu'il y a « trop d'étrangers dans le pays », un thème central du RN. Ensuite, Marine Le Pen a travaillé à moderniser l'image du RN en mettant en avant la défense des libertés individuelles contre l'islamisme, perçu comme une menace pour les juifs. Enfin, la perception d'une menace immédiate (attaques antisémites, terrorisme) semble primer sur les accusations d'antisémitisme remontant à plusieurs années. Le RN est ainsi vu comme un rempart contre ces dangers, malgré son héritage.
Les électeurs juifs considèrent La France insoumise (LFI) comme plus antisémite que le RN, bien que les données officielles (comme celles de la Commission nationale consultative des droits de l'homme) indiquent que la proximité avec le RN favorise davantage les préjugés envers les juifs. Cette perception s'explique par plusieurs éléments. D'abord, LFI est associée à une obsession pour la cause palestinienne, perçue comme hostile aux juifs. Ensuite, Jean-Luc Mélenchon a été critiqué pour avoir tardé à condamner l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et pour avoir critiqué la réponse israélienne à Gaza. Enfin, des polémiques, comme celle autour de la prononciation de noms à consonance juive par Mélenchon, ont alimenté cette méfiance. Pour les électeurs juifs, LFI incarne une menace plus directe que le RN.
La population juive en France représente moins de 1 % de la population totale, avec une estimation de 450 000 personnes en 2025, contre 600 000 dans les années 1990. Ce déclin démographique réduit considérablement l'influence électorale des juifs. Même si leur vote se déplace massivement vers la droite ou l'extrême droite, leur impact sur les résultats électoraux reste marginal. Par exemple, à Sarcelles lors de l'élection présidentielle de 2022, le vote pour Éric Zemmour a atteint 39 % dans certains bureaux de vote à forte présence juive, contre une moyenne de 11,55 % pour la ville. Cependant, ces chiffres ne suffisent pas à influencer significativement le résultat national. Les conséquences des accusations d'antisémitisme contre le RN dépendront donc davantage du reste de la population française que des électeurs juifs.

