Russie : Moscou étend sa répression à la société civile en exil
Depuis le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022, entre 650.000 et 900.000 personnes ont quitté la Russie. Devant le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, une experte indépendante de l'ONU affirme que Moscou étend au-delà de ses frontières une répression « délibérée » et « institutionnalisée », qui vise notamment la société civile russe en exil..
Selon Mariana Katzarova, Rapporteure spéciale des Nations Unies sur les droits de l'homme en Russie, Moscou applique une politique de répression structurelle et soutenue par l'État qui s'étend désormais au-delà des frontières nationales. Cette approche combine des actions directes à l'étranger, des pressions exercées via des États tiers et l'exploitation du statut de la Russie comme pays d'accueil pour faciliter des répressions menées par d'autres gouvernements. Les méthodes utilisées sont variées et s'appuient sur des moyens humains, financiers et numériques. Cette stratégie globale vise à étouffer toute opposition, que ce soit à l'intérieur du pays ou à l'étranger, en utilisant des outils légaux et illégaux pour intimider, contrôler et punir les dissidents. Les autorités russes nient systématiquement leur implication dans ces actes, allant jusqu'à récompenser les responsables présumés.
La forme la plus grave de répression exercée par la Russie à l'étranger reste la violence directe et les menaces de mort. Depuis le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022, la Russie est devenue l'un des pays les plus actifs en matière de répression transnationale. Au moins neuf départements du Service fédéral de sécurité (FSB, équivalent russe du KGB) sont impliqués dans ces opérations, aux côtés des services de renseignement militaire et extérieur, des parquets et des ministères. Ces actions sont documentées dans le monde entier et restent majoritairement impunies, les autorités russes niant toute responsabilité. Les méthodes incluent des mandats d'arrêt internationaux, des bases de données de surveillance, des restrictions bancaires et l'utilisation de serveurs proxy pour dissimuler les origines des attaques numériques. Ces techniques sont conçues pour être peu coûteuses, évolutives et difficiles à tracer.
Le renvoi forcé est considéré comme la mesure la plus dangereuse par Mariana Katzarova, car il expose les dissidents en exil aux autorités qu'ils fuient. Pour justifier ces extraditions, la Russie utilise des qualifications juridiques comme celle d'agent étranger ou de personne indésirable, des accusations de censure de guerre, ou encore des charges fabriquées de toutes pièces. Ces outils légaux permettent à Moscou d'exercer une pression sur les États d'accueil pour qu'ils livrent les opposants. Par exemple, des défenseurs des droits humains, des journalistes ou des responsables politiques européens sont ciblés par ces demandes, qui s'appuient sur des registres comme celui des terroristes et extrémistes tenu par Rosfinmonitoring, une agence russe de surveillance financière. Ce registre recense 21 500 personnes, illustrant l'ampleur des restrictions financières imposées aux opposants.
Depuis le début de l'année 2026, une campagne ciblant les comptes de messagerie sécurisée a compromis les communications de défenseurs des droits humains, de journalistes et de plus de 300 responsables politiques européens. Cette attaque numérique fait partie d'une stratégie plus large de répression transnationale, qui combine des outils financiers, juridiques et technologiques. Selon Mariana Katzarova, ces mécanismes violent le droit international des droits de l'homme et menacent la souveraineté des États d'accueil ainsi que l'ordre juridique international. La Russie utilise ainsi son influence pour étendre son contrôle au-delà de ses frontières, en s'appuyant sur des réseaux d'alliances et des failles dans les systèmes internationaux. Cette approche systématique pose un défi majeur pour la protection des droits fondamentaux et la coopération internationale.

