BlackBerry, ou la résurrection d’un dinosaure de la tech
Autrefois l’apanage des puissants et des stars, le téléphone à clavier était tombé dans les oubliettes de la tech, dépassé par l’iPhone et les smartphones à écran tactile. L’entreprise canadienne aura mis près de quinze ans à opérer un retour en force en misant sur le logiciel, raconte le “Financial Times”..
Dans les années 2000 et jusqu’au début des années 2010, BlackBerry dominait le marché des téléphones mobiles grâce à ses appareils équipés d’un clavier physique, considérés comme révolutionnaires. Ces téléphones permettaient notamment d’envoyer des emails et des messages instantanés de manière sécurisée, ce qui en faisait un outil privilégié par les professionnels et les personnalités politiques. Par exemple, Barack Obama, alors candidat à la présidence des États-Unis, a refusé de se séparer de son BlackBerry en 2008 pour des raisons de communication, illustrant l’importance de la marque à cette époque. Cependant, l’émergence des smartphones tactiles, comme l’iPhone en 2007, a progressivement rendu les téléphones à clavier obsolètes, entraînant le déclin de BlackBerry.
Vers le milieu des années 2010, BlackBerry a perdu sa place dominante sur le marché des téléphones mobiles. La concurrence des smartphones tactiles, plus intuitifs et polyvalents, a rendu ses appareils moins attractifs. En conséquence, l’entreprise canadienne a vu ses ventes chuter drastiquement, passant d’un statut de leader à celui d’un acteur marginal. Ce déclin s’est accompagné de difficultés financières, avec une perte de rentabilité qui s’est prolongée jusqu’au début des années 2020. BlackBerry a alors dû se réinventer pour survivre, abandonnant progressivement la production de téléphones pour se concentrer sur d’autres activités.
Depuis 2020, BlackBerry a opéré un virage stratégique en se recentrant sur ses logiciels plutôt que sur le matériel. L’un de ses principaux atouts est QNX, un système d’exploitation conçu à l’origine pour les téléphones BlackBerry, mais aujourd’hui principalement utilisé dans l’industrie automobile. QNX est un système d’exploitation en temps réel, c’est-à-dire qu’il permet de gérer des tâches critiques avec une grande rapidité et une fiabilité élevée. Il est notamment intégré dans les systèmes de contrôle des voitures modernes, où il assure des fonctions comme la gestion du tableau de bord ou des systèmes d’infodivertissement. Selon John Giamatteo, directeur général de BlackBerry, QNX est considéré comme « inarrêtable », soulignant sa robustesse et son adoption massive par l’industrie.
En parallèle de QNX, BlackBerry a développé Secusmart, une plateforme spécialisée dans le cryptage des communications. Ce logiciel est utilisé par des gouvernements et certaines des plus grandes banques du monde pour sécuriser leurs échanges de données sensibles. Secusmart permet de chiffrer les appels, les emails et les messages, garantissant ainsi une protection contre les cyberattaques ou les écoutes illégales. Cette technologie a permis à BlackBerry de se repositionner comme un acteur clé dans le domaine de la cybersécurité, un secteur en forte croissance avec l’augmentation des menaces numériques. Ces solutions logicielles, bien que moins visibles que les téléphones de l’époque, sont aujourd’hui presque indispensables pour les institutions qui les utilisent.
Après des années de difficultés financières, BlackBerry a annoncé un solde de trésorerie positif au premier trimestre de son exercice fiscal 2026, qui commence le 1ᵉʳ mars. Ce résultat marque un tournant, car il s’agit de la première fois depuis 2017 que l’entreprise atteint cet équilibre sur une période similaire. Cette amélioration financière reflète le succès de sa stratégie de recentrage sur les logiciels, notamment QNX et Secusmart. Bien que ces activités soient moins médiatisées que la production de téléphones, elles génèrent désormais suffisamment de revenus pour assurer la stabilité de l’entreprise. Cette résurrection illustre comment une entreprise peut se réinventer en misant sur ses forces technologiques plutôt que sur des produits grand public en déclin.

