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Économie

L’Eglise catholique française entre crise de foi et crise économique

Alternatives Économiques · mis à jour 25 sept.

A Paris, Lourdes et Metz, l’Eglise catholique va accueillir le pape Léon XIV avec faste. Mais qu’en est-il de la puissance financière de l’institution, alors que les dons déclinent et que son patrimoine lui coûte cher ?.

Patrimoine religieux français

Depuis la loi de 1905, le patrimoine religieux en France, comme les églises paroissiales et les cathédrales, n’appartient plus à l’Église catholique. Les 40 000 églises paroissiales sont propriété des communes, tandis que les cathédrales relèvent de l’État. L’Église n’en est que le premier affectataire, c’est-à-dire qu’elle en a l’usage gratuit et permanent, mais sans en être propriétaire. Seuls les édifices construits après 1905 appartiennent directement à l’Église. Cette distinction est essentielle pour comprendre la richesse apparente de l’Église, car une grande partie de son patrimoine immobilier historique lui échappe. Cette situation juridique complexe explique pourquoi l’Église doit entretenir des biens qui ne lui appartiennent pas, tout en gérant un patrimoine limité à ses propres constructions.

Structures financières complexes

L’Église catholique française n’a pas une structure financière unique, mais est composée de plusieurs entités aux règles différentes. Les diocèses, dirigés par les évêques, sont organisés en associations cultuelles depuis un accord de 1924 avec le Vatican. Chaque année, ils doivent faire certifier leur comptabilité par un commissaire aux comptes, et la Conférence des évêques de France (CEF) publie un bilan consolidé de leur situation économique. En revanche, les congrégations religieuses (comme les jésuites ou les dominicains) dépendent de la loi de 1901 sur les associations et ne sont pas tenues de publier leurs comptes. Pourtant, elles possèdent parfois des biens immobiliers importants, comme des abbayes ou des domaines viticoles, ce qui rend leur patrimoine difficile à évaluer précisément.

Crise de foi et déclin des dons

Depuis les années 1970, l’Église catholique française fait face à un déclin de la pratique religieuse, une baisse du nombre de prêtres et une diminution des donateurs. En 1976, elle a lancé sa première campagne nationale pour le denier du culte, une collecte annuelle de dons des fidèles, qui reste aujourd’hui sa principale source de revenus. En 2024, les ressources courantes (denier, quêtes, offrandes) s’élèvent à 623 millions d’euros, soit une hausse de 3 % par rapport à 2023. Cependant, le nombre de foyers donateurs a chuté de 1,4 million en 2007 à 770 000 en 2024, et leur âge moyen se situe entre 65 et 75 ans. Malgré une générosité accrue des donateurs restants, ces chiffres illustrent une fragilisation durable des finances de l’Église.

Richesse immobilière et trésorerie

En 2019, les bilans comptables des associations diocésaines révèlent une trésorerie et des placements s’élevant à près de 1,6 milliard d’euros. Le patrimoine immobilier de l’Église, composé des églises construites après 1905, des presbytères et des centres pastoraux, est estimé à au moins 1,9 milliard d’euros, mais une enquête de France Télévisions estime sa valeur réelle entre 3 et 6,5 milliards d’euros. La CEF reconnaît que ces biens sont principalement dédiés au culte et donc difficilement mobilisables. Cependant, cette richesse apparente masque une inégale répartition : certains diocèses, comme celui de Paris, sont très riches, tandis que d’autres, surtout en milieu rural, sont en grande difficulté financière.

Dépenses et déséquilibre financier

Les charges de fonctionnement de l’Église se répartissent entre les salaires des laïcs (19 %), le traitement des prêtres (14 %), les dépenses de fonctionnement (37 %) et la maintenance de l’immobilier (28 %). En 2024, les ressources totales (courantes et exceptionnelles) atteignent 824 millions d’euros, mais l’Église reste structurellement déficitaire. Pour équilibrer ses comptes, elle doit chaque année utiliser une partie de ses legs et vendre des actifs immobiliers. La hausse des dépenses, liée à l’inflation et au vieillissement des bâtiments, aggrave cette situation. Selon la CEF, 22 des 95 diocèses français pourraient rencontrer des difficultés financières d’ici 2030 sans mesures correctives.

Dépendance aux grands donateurs

Face à la baisse des dons et au vieillissement des fidèles, l’Église cherche à attirer de grands mécènes, ce qui accroît sa dépendance envers une minorité de donateurs aisés. Cette stratégie, bien que nécessaire pour combler les déficits, soulève des questions sur l’autonomie de l’institution. Les diocèses tentent de s’adapter en licenciant du personnel, fusionnant des paroisses ou vendant des immeubles, mais ces mesures risquent d’affaiblir encore leur capacité à remplir leur mission pastorale. La CEF souligne que plus d’un tiers des diocèses prévoient d’être en situation satisfaisante d’ici 2030, mais 22 pourraient être en difficulté sans redressement.

Ce que ça pourrait changer

La situation économique de l’Église n’est pas seulement un problème de gestion, mais aussi une question de crédibilité. Les scandales de violences sexuelles, la progression des églises évangéliques et la montée de l’athéisme ont érodé la confiance des fidèles. Nicolas de Bremond d’Ars, prêtre et sociologue, estime que la visite du Pape en France vise à restaurer cette légitimité et à remobiliser les croyants. L’Église doit donc non seulement gérer ses finances, mais aussi regagner la confiance d’une société de plus en plus sécularisée et critique envers les institutions religieuses.

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