Les citoyens européens ne croient plus en l'avenir de l'Union et c'est un problème
Une enquête menée dans six pays met en lumière une importante crise de confiance à l'égard des institutions européennes. 56% des répondants estiment que l'avenir européen est «en danger»..
Une étude récente menée par le Conseil européen des relations internationales (ECFR) et la Fondation culturelle européenne (FCE) a évalué la confiance des citoyens européens envers l’Union européenne (UE). Réalisée auprès de 5 800 personnes en France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Pologne et Royaume-Uni, ainsi que dans quinze autres pays, cette enquête révèle une opinion publique majoritairement désillusionnée. Parmi les répondants, 68 % estiment que l’Europe traverse une détérioration générale ou une perte de la normalité, tandis que seulement 12 % perçoivent la période actuelle comme un moment de réveil et de renouveau. Par ailleurs, 56 % des personnes interrogées considèrent que l’avenir de l’UE est en danger. Ces chiffres illustrent un sentiment de pessimisme croissant parmi les citoyens européens quant à la capacité des institutions à relever les défis actuels.
Malgré ce pessimisme, une majorité de citoyens (73 %) expriment le souhait d’une Europe plus forte et unie. Leurs priorités se répartissent ainsi : 35 % privilégient une intégration politique plus poussée, 28 % aspirent à une meilleure paix et sécurité, et 19 % recherchent avant tout la prospérité économique. À l’inverse, seuls 13 % des répondants souhaitent une réduction du rôle de l’UE, voire sa dissolution. Ces résultats montrent que, même en période de doute, l’idée d’une Europe unie et souveraine reste majoritairement soutenue par les citoyens, bien que leur confiance dans les institutions pour y parvenir soit fragile.
Les participants à l’étude critiquent vivement le fonctionnement des institutions européennes, notamment leur lenteur et leur bureaucratie. Un jeune Polonais né dans les années 2000 résume ce sentiment en déclarant : « L’UE discute fondamentalement beaucoup, mais ne fait rien ». Pawel Zerka, chercheur à l’ECFR et auteur du rapport, souligne un décalage entre les aspirations des citoyens et leur perception de la capacité des institutions à les concrétiser. Il estime que les Européens ont besoin de moins de grandes promesses et de plus de preuves de trajectoire, c’est-à-dire de résultats tangibles et visibles pour regagner leur confiance.
L’étude classe les électeurs européens en quatre catégories distinctes. Les « positifs » (19 %) croient en l’avenir de l’UE et voient dans les crises actuelles une opportunité pour renforcer l’intégration européenne. Les « négatifs » (39 %) considèrent que l’Europe est en déclin, une catégorie qui inclut presque tous les électeurs des partis d’extrême droite. Les « déconnectés » (12 %) se désintéressent des questions européennes, tandis que les « indécis » (13 %) partagent des valeurs proeuropéennes mais doutent de la capacité de l’UE à agir efficacement. Selon Zerka, ces derniers pourraient jouer un rôle clé dans l’avenir de l’Union, car leur adhésion dépendra des actions concrètes des politiques, notamment en matière de sécurité énergétique, de défense, de climat ou de pouvoir d’achat.
Face à ce constat, Pawel Zerka insiste sur la nécessité pour les dirigeants européens, comme Ursula von der Leyen, de passer des *grandes promesses* à des *preuves de trajectoire*. Lors de son discours annuel sur l’état de l’Union, prévu le 16 septembre 2026 devant le Parlement européen à Strasbourg, von der Leyen devra répondre à ces attentes. L’étude suggère que les politiques doivent cibler en priorité les *« indécis »* en démontrant la solidité du projet européen à travers des actions tangibles. Les domaines clés identifiés sont la sécurité énergétique, la défense, la lutte contre le changement climatique et l’amélioration du pouvoir d’achat des citoyens.

