Red Barrels, 15 ans à manier le chaos
Le studio montréalais a énormément grandi depuis le premier « Outlast », mais ses fondateurs espèrent maintenir son ADN..
Red Barrels est un studio de développement de jeux vidéo fondé à Montréal il y a 15 ans par trois collègues, Philippe Morin, Hugo Dallaire et David Châteauneuf. À l’origine, ces développeurs travaillaient pour de grands studios et ont choisi de quitter leurs emplois pour créer leur propre entreprise, afin de mener à bien leurs idées sans contraintes extérieures. Leur premier projet, Outlast, développé en 14 mois avec leurs propres moyens et un financement incertain, est devenu un succès marquant. À l’époque, l’équipe ne comptait qu’une dizaine de personnes. Le studio se distingue dès ses débuts par une approche créative où le chaos joue un rôle central, comparé à un ensemble de jazz plutôt qu’à un orchestre symphonique classique. Cette liberté créative est perçue comme un atout majeur, permettant des idées innovantes mais aussi une gestion plus complexe des projets.
En 15 ans, Red Barrels est passé d’une petite équipe de 10 employés à plus de 90 aujourd’hui, ce qui a nécessité une adaptation de ses méthodes de travail. Malgré cette croissance, les fondateurs insistent sur la nécessité de préserver leur approche créative, où le chaos est contrôlé mais reste une source d’inspiration. Philippe Morin explique que la crainte de perdre cette liberté est constante, car elle est indissociable de l’identité du studio. Le trio reconnaît que quitter un emploi stable pour se lancer dans l’aventure entrepreneuriale n’est pas une décision qu’ils répéteraient, d’autant plus qu’ils doivent désormais gérer une équipe tout en maintenant leur vision artistique. Leur studio, initialement une barque, est aujourd’hui comparé à un yacht, symbolisant cette évolution.
La franchise Outlast est le projet phare de Red Barrels, avec trois jeux sortis à ce jour : Outlast en 2013, Outlast II en 2017, et The Outlast Trials en 2024, ce dernier étant une production dérivée axée sur le multijoueur. The Outlast Trials a connu une genèse complexe, car le studio avait initialement envisagé de créer un nouveau jeu multijoueur dans un univers différent. Cependant, après des tests et des retours des joueurs, l’équipe a décidé de recentrer le projet sur l’univers d’Outlast, donnant naissance à un hybride entre une nouvelle franchise et l’univers existant. Ce jeu, qui continue de recevoir du contenu additionnel, est devenu un pilier financier pour le studio, avec un dernier exercice financier (conclu à l’été 2024) étant le meilleur en 15 ans. Une adaptation cinématographique d’Outlast est également en préparation.
Le processus créatif de Red Barrels repose sur une dynamique collective où les idées émergent dans un cadre informel et parfois désordonné, comparé à une session de jazz improvisée. Les trois cofondateurs, Philippe Morin, Hugo Dallaire et David Châteauneuf, soulignent que cette approche permet des moments de magie créative, mais exige une gestion rigoureuse pour éviter le désordre total. Hugo Dallaire précise que cette liberté s’accompagne de défis, notamment la nécessité de synchroniser les idées de tous les membres de l’équipe, tout en évitant une spécialisation excessive dans un seul genre, comme l’horreur. Le studio cherche ainsi à diversifier ses projets pour éviter d’être réduit à une étiquette unique, tout en maintenant une cohérence avec son univers de prédilection.
Pour leur prochain projet, les fondateurs de Red Barrels n’ont pas encore tranché entre poursuivre la franchise *Outlast* ou explorer de nouveaux horizons. David Châteauneuf a plaisanté en évoquant une suite à *Calinours* (une référence fictive), mais cette remarque illustre leur volonté de ne pas se limiter à un seul genre ou univers. Le studio mise sur une écoute active des retours des joueurs, notamment pour *The Outlast Trials*, afin d’adapter continuellement ses productions. Leur objectif est de maintenir un équilibre entre innovation et fidélité à leur ADN, tout en gérant une équipe en croissance. Leur succès financier récent et l’adaptation cinématographique d’*Outlast* témoignent de leur capacité à concilier créativité et viabilité économique.

