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Culture

Palma Bucarelli (1910-1998), la reine de l’art italien

France Culture - Savoirs · mis à jour 4 oct.

Palma Bucarelli, héroïne méconnue de la Seconde Guerre mondiale, risqua sa vie pour sauver les chefs-d’œuvre de Rome des pillages nazis. Directrice visionnaire de la Galerie nationale d’Art moderne, elle imposa l’art contemporain dans une Italie conservatrice, au prix de vives polémiques..

Une héroïne de guerre

Palma Bucarelli (1910-1998) est une figure majeure de la Seconde Guerre mondiale, souvent comparée aux Monuments Men, ces soldats historiens chargés de sauver le patrimoine artistique européen des destructions et des pillages nazis. Contrairement à ces héros masculins popularisés par Hollywood, Palma Bucarelli incarne une Monument Woman, une héroïne méconnue mais essentielle. En 1941, alors qu’elle dirige la Galleria Nazionale d’Arte Moderna (GNAM) à Rome, elle organise en secret le sauvetage des chefs-d’œuvre de la ville en les cachant dans les caves du Château Saint-Ange et dans le palais des Farnese à Capranica. Cette opération, menée sous le nez des occupants allemands, a permis de préserver des œuvres inestimables pour la culture italienne. Son courage et son intelligence stratégique ont fait d’elle une protectrice discrète mais déterminante du patrimoine artistique mondial.

Directrice visionnaire

Après la guerre, Palma Bucarelli reste à la tête de la GNAM jusqu’en 1975, devenant la « Reine de la scène artistique » italienne. Dans un pays encore marqué par un conservatisme culturel fort, elle impose l’art contemporain comme une priorité. Elle organise les premières expositions d’artistes avant-gardistes comme Jean Fautrier et Andy Warhol en Italie, tout en nourrissant le débat intellectuel avec des historiens de l’art de renom. Son action ne se limite pas à la promotion des artistes : elle enrichit considérablement les collections de la GNAM, notamment en acquérant des œuvres de l’Arte Povera, un mouvement artistique italien des années 1960-1970 caractérisé par l’utilisation de matériaux pauvres et symboliques. Cette politique audacieuse lui vaut des critiques, mais aussi une reconnaissance internationale pour son rôle dans la modernisation de la scène culturelle italienne.

Polémiques et audaces

Palma Bucarelli n’hésite pas à défier les conventions et à provoquer des scandales pour défendre sa vision de l’art. En 1961, elle achète pour la GNAM l’œuvre Merde d’artiste de Piero Manzoni, une boîte contenant 30 grammes d’excréments signée par l’artiste, s’inscrivant dans la lignée des ready-mades de Marcel Duchamp. Cette acquisition, jugée provocatrice, lui vaut des critiques virulentes dans la presse et une audition parlementaire pour « gaspillage d’argent public ». Malgré ces controverses, elle persiste et élargit les collections de la GNAM avec des œuvres d’artistes majeurs de l’Arte Povera, comme Jannis Kounellis ou Mario Merz. Son refus de plier face aux pressions politiques et médiatiques illustre son engagement sans faille pour l’art contemporain, même au prix de sa réputation.

Ce que ça pourrait changer

Palma Bucarelli laisse derrière elle un héritage culturel immense. Sous sa direction, la GNAM devient un lieu incontournable pour l’art moderne et contemporain en Italie, attirant des artistes, des intellectuels et des visiteurs du monde entier. Son travail a contribué à faire de Rome une capitale artistique majeure, en phase avec les mouvements internationaux. Aujourd’hui, des historiens de l’art comme Lorenzo Cantatore, Rachele Ferrario ou Mariastella Margozzi soulignent son rôle clé dans l’histoire culturelle italienne. Plusieurs ouvrages lui sont consacrés, dont une biographie de Rachele Ferrario (*Regina di quadri. Vita e passioni di Palma Bucarelli*, 2010) et un roman de Sophie Guermès (*Bucarelli-Roma*, 2018). Son journal *1944. Cronaca di sei mesi*, rédigé sous forme de chronique, offre un témoignage unique de son action pendant la guerre. Palma Bucarelli reste ainsi une figure emblématique, dont l’audace et la détermination ont marqué l’histoire de l’art italien.

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