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Logement : vivre seul est-il devenu la norme ?

The Conversation France · mis à jour il y a 1 j

La vie en solo peut aussi bien s’inscrire dans un petit logement loué pour quelques années que dans une maison ou un grand appartement. Serinus/Pexels , CC BY L’ESSENTIEL Vivre seul n’est plus seulement une transition, mais recouvre une diversité de situations.

Une réalité en forte hausse

En France, près de 39 % des résidences principales sont occupées par une seule personne, selon les données de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) pour 2022. Ce chiffre a augmenté de 14 % entre 2016 et 2022, alors que les logements occupés par deux personnes n’ont progressé que de 5 % sur la même période. Les logements de cinq personnes ou plus, eux, ont reculé de 4 %. Cette évolution reflète un changement profond des modes de vie : vivre seul n’est plus une situation temporaire ou marginale, mais une réalité qui s’installe durablement. Elle touche tous les âges et tous les milieux, et ne se limite plus aux stéréotypes comme l’étudiant en studio ou la personne âgée veuve. Cette transformation influence directement la demande de logements et pose de nouveaux défis pour le marché immobilier.

Des profils très variés

Les personnes vivant seules forment un groupe très diversifié. Elles représentent 43 % des moins de 24 ans, 43 % des 25-59 ans et 41 % des plus de 60 ans. Parmi elles, 43 % sont en emploi, 41 % sont retraitées et 16 % sont inactives (étudiants, chômeurs, etc.). Les femmes restent majoritaires (56 %), en raison notamment d’une espérance de vie plus longue et du veuvage. Les hommes, en revanche, voient leur nombre progresser plus rapidement, surtout entre 25 et 59 ans. Sur le plan économique, les personnes seules ne sont pas plus touchées par le chômage, mais leur emploi est souvent plus précaire : elles occupent davantage de CDD, d’intérim ou de contrats aidés. Leur situation conjugale est également variée : 48 % sont célibataires, 25 % veuves ou veufs, 20 % divorcées, et 10 % sont mariées ou pacsées mais vivent séparément, par exemple pour des raisons professionnelles.

Des logements de toutes tailles

Les personnes seules occupent des logements très différents. Près de neuf logements sur dix de moins de 30 m² ou d’une seule pièce sont habités par une personne seule, ce qui alimente l’image du studio étudiant ou du jeune actif. Cependant, cette situation ne concerne que 11 % des personnes seules. En réalité, 38 % vivent dans des logements de 60 à 100 m² et 15 % dans des logements de plus de 100 m². Ces grands logements sont souvent occupés après une séparation, le départ des enfants ou le décès d’un conjoint. Les personnes seules ne vivent pas uniquement dans des appartements : près de quatre sur dix habitent une maison, notamment les personnes veuves, divorcées ou mariées. Enfin, 46 % sont propriétaires, 36 % locataires dans le parc privé et 16 % dans le parc social. Cette diversité montre que vivre seul ne rime pas toujours avec précarité ou petit logement.

Une situation durable ou passagère

Vivre seul est souvent perçu comme une étape transitoire, par exemple après un départ du domicile parental, une séparation ou une mobilité professionnelle. Les données confirment cette idée : 16 % des personnes seules occupent leur logement depuis moins de deux ans, contre 10 % pour les ménages de deux personnes ou plus. Mais cette situation peut aussi s’inscrire dans la durée : 20 % des personnes seules vivent dans leur logement depuis plus de trente ans. Entre ces deux extrêmes, de nombreuses situations intermédiaires existent, comme des personnes séparées restant dans leur logement familial, des actifs occupés durablement seuls dans un logement de taille moyenne, ou des retraités adaptant progressivement leur habitat. Ces exemples illustrent la pluralité des parcours et des choix de vie.

Une répartition géographique contrastée

Les personnes seules sont présentes dans tous les types de territoires, mais leur répartition n’est pas homogène. Elles sont particulièrement nombreuses dans les villes de plus de 200 000 habitants, où elles bénéficient des petits logements, des emplois, des équipements urbains et des réseaux sociaux. Cependant, la croissance la plus forte du nombre de personnes seules ces dernières années a été observée dans les couronnes périurbaines, aussi bien chez les 25-59 ans que chez les 60-74 ans. Ces espaces, souvent associés aux couples avec enfants et aux maisons familiales, accueillent désormais des agriculteurs, des actifs, des personnes séparées ou des propriétaires de grandes maisons. Dans les espaces ruraux, les personnes seules sont en revanche plus âgées : trois sur dix ont plus de 75 ans. Cette diversité géographique reflète l’évolution des modes de vie et des aspirations résidentielles.

Ce que ça pourrait changer

La diversification des modes de vie en solo crée une concurrence accrue pour l’accès aux logements, notamment pour les petits logements en ville. Les personnes seules, qu’elles soient étudiantes, jeunes actifs, retraités ou séparées, cherchent des solutions adaptées à leurs besoins et à leurs revenus. Face à cette demande, le marché immobilier doit évoluer. Il ne suffit plus de construire davantage de logements, mais aussi de repenser le parc existant pour répondre à la pluralité des situations. Cela implique de faciliter l’accès à des logements abordables pour les personnes seules à revenus modestes, de permettre le maintien à domicile des personnes âgées, d’adapter les logements au vieillissement, de développer des formes d’habitat partagé ou encore de réfléchir à la sous-occupation des grands logements. Ces enjeux nécessitent une approche globale, impliquant les acteurs publics, les promoteurs et les chercheurs, comme le souligne l’étude menée par le bureau d’étude **Intermède** et l’**Université Gustave Eiffel**, soutenue par **Leroy Merlin Source** et **Bouygues Immobilier**.

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