Quelle est la différence entre le beurre et la margarine ? Une chimiste explore leurs effets en cuisine
La margarine fond de façon plus homogène que le beurre à cause de sa structure chimique, et ne brunit pas. Douglas Sacha/Moment via Getty Images Graisses saturées, produits ultratransformés… quelles sont les différences chimiques entre le beurre et la margarine ? Comment se comportent-ils pour la cuisson et la pâtisserie ? Ma mère adore le beurre.
Le beurre et la margarine sont deux matières grasses largement utilisées en cuisine, mais leurs origines et leurs usages diffèrent. Le beurre est issu de la crème du lait de vache, souvent barattée pour séparer les graisses du babeurre, un liquide pauvre en matières grasses. Il est apprécié pour son goût riche et sa capacité à apporter de la texture aux pâtisseries, comme les gâteaux ou les roulés aux noix. La margarine, quant à elle, est un produit industriel fabriqué à partir d’huiles végétales liquides, transformées chimiquement pour obtenir une consistance solide. Elle a été introduite comme alternative au beurre, notamment pour des raisons de coût ou de santé, mais son usage en pâtisserie reste moins courant en raison de différences chimiques notables.
Le beurre et la margarine sont tous deux des émulsions, c’est-à-dire des mélanges où de minuscules gouttelettes d’eau sont dispersées dans une matrice de graisse. Cette matrice est principalement composée de triglycérides, des molécules formées par trois acides gras attachés à une molécule de glycérol. Les acides gras du beurre sont majoritairement saturés, ce qui signifie qu’ils ne contiennent pas de doubles liaisons entre les atomes de carbone. Cela leur permet de s’empiler de manière compacte, donnant au beurre sa texture ferme à basse température. En revanche, les acides gras de la margarine sont principalement insaturés, avec des doubles liaisons qui rendent les molécules irrégulières et moins compactes. Cette différence influence leur comportement à la chaleur et leur utilisation en cuisine.
Les acides gras saturés du beurre, en s’empilant facilement, forment des cristaux de formes variées qui fondent à des températures différentes. Cela explique pourquoi le beurre ramollit progressivement à température ambiante ou au contact du corps, et pourquoi il retient bien l’air lorsqu’il est battu avec du sucre, ce qui allège les préparations pâtissières. La margarine, en revanche, a un point de fusion plus précis grâce à un processus industriel appelé interestérification, qui réorganise les triglycérides sans ajouter d’acides gras saturés ou de graisses trans (interdites dans de nombreux pays en raison de leurs effets néfastes sur la santé). Cette réorganisation permet à la margarine de rester solide plus longtemps lors de la cuisson, mais elle fond de manière plus homogène que le beurre.
La fabrication du beurre repose sur un processus mécanique simple : la crème, contenant au moins 36 % de matières grasses, est barattée jusqu’à ce que les globules de graisse se rompent et forment des grains solides. Ces grains sont ensuite pressés pour extraire le babeurre, un liquide résiduel. Certains beurres subissent une fermentation grâce à l’ajout de bactéries lactiques, qui transforment le lactose (sucre du lait) en composés aromatiques, donnant au beurre une saveur légèrement acidulée et complexe. Le beurre est strictement encadré par des normes officielles, comme celles définies par le gouvernement français, qui imposent une teneur minimale de 80 % de matières grasses et limitent la présence d’eau à environ 16 %.
La margarine est produite à partir d’huiles végétales liquides, comme le tournesol ou le soja, qui sont transformées en un produit solide grâce à l’interestérification. Ce procédé réorganise les triglycérides sans ajouter d’acides gras saturés ni de graisses trans, évitant ainsi les risques pour la santé associés à ces dernières. Certaines margarines, comme celles en tube ou à tartiner, contiennent plus d’eau et d’air pour rester molles, mais leur teneur en matières grasses est alors inférieure à 80 %, ce qui les rend moins adaptées à la pâtisserie. Les fabricants ajoutent également des arômes, comme le diacétyle pour imiter le goût du beurre, ainsi que des émulsifiants comme la lécithine pour éviter la séparation entre l’eau et la graisse.
La couleur dorée du beurre provient du bêta-carotène, un pigment naturel présent dans l’herbe que les vaches ingèrent. Comme elles ne métabolisent pas efficacement ce pigment, il se retrouve dans leur lait. La margarine, naturellement incolore, est teintée artificiellement avec du bêta-carotène synthétique pour ressembler au beurre. Pour reproduire sa saveur, les fabricants ajoutent des arômes comme le diacétyle, ainsi que des composants du lactosérum (petit-lait) et des conservateurs. Ces ajouts visent à imiter la complexité aromatique du beurre, qui contient naturellement des protéines et du lactose, responsables de sa couleur brune et de ses notes de noisette ou de caramel lorsqu’il est cuit.
Lorsqu’il est chauffé, le beurre développe une couleur brune et un arôme riche grâce à la réaction entre ses protéines et son lactose, un phénomène appelé réaction de Maillard. Cette réaction est responsable des notes de noisette, de pain grillé ou de caramel. La margarine, dépourvue de lactose, ne produit pas ces arômes ni cette coloration. En pâtisserie, le beurre libère de la vapeur d’eau lors de la cuisson, ce qui permet de créer des couches feuilletées dans les pâtes, comme dans les croissants. La margarine, avec une teneur en eau variable, ne produit pas autant de vapeur et offre donc des résultats différents. Cependant, sa texture homogène et son point de fusion contrôlé en font un choix pratique pour certaines recettes.
Le beurre et la margarine présentent des profils nutritionnels distincts. Le beurre contient environ 80 à 85 % de matières grasses, principalement des acides gras saturés, ainsi que 1 à 4 % de vitamines, minéraux, lactose et protéines. La margarine, bien que souvent moins riche en graisses saturées grâce à l’interestérification, est un *aliment ultratransformé* en raison de ses modifications industrielles. Son usage peut être privilégié pour réduire l’apport en graisses saturées, mais elle contient parfois des additifs comme des émulsifiants ou des conservateurs. Le choix entre les deux dépend donc des priorités : le beurre pour ses qualités gustatives et culinaires, ou la margarine pour des raisons pratiques ou nutritionnelles.

