Le Brexit a laissé entrevoir à l’UE ce que pourrait être son propre avenir
Le 23 juin 2016 est souvent présenté comme le jour où le Royaume‑Uni s’est écarté du courant dominant en votant pour la sortie de l’Union européenne. Mais, dans les faits, la politique britannique avait simplement de l’avance, l’UE devenant petit à petit l'outil de l'extrême-droite pour mener leur politique anti‑immigration..
Le référendum britannique du 23 juin 2016 sur le Brexit a révélé une vision déformée de l’Union européenne (UE), partagée aussi bien par ses partisans que par ses opposants. Les deux camps ont présenté l’UE comme un bastion progressiste et accueillant envers les migrants, alors que sa réalité était bien différente. En 2016, moins d’un an après l’imposition d’une austérité stricte à la Grèce par la Troïka (composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international), cette image était déjà trompeuse. Depuis, l’écart entre la rhétorique et les actions de l’UE s’est creusé, notamment sur les questions migratoires. Le Brexit a ainsi servi de miroir grossissant, montrant que l’UE pouvait devenir un outil pour des politiques anti-immigration, comme celles portées par l’extrême droite.
En 2016, le camp pro-Brexit a associé l’UE à une politique de libre circulation des travailleurs, ce qui était partiellement vrai pour les citoyens européens. Des millions de Polonais, Roumains ou Portugais avaient émigré vers le Royaume-Uni pour y travailler. Cependant, les partisans du Leave ont aussi accusé à tort l’UE d’être responsable de l’immigration en provenance de pays non européens, comme la Turquie ou le Moyen-Orient. En réalité, la libre circulation ne s’appliquait pas à ces migrants. Par exemple, Angela Merkel a brièvement adopté en 2015 une politique d’accueil envers les réfugiés syriens, mais cette approche a rapidement été abandonnée. Aujourd’hui, l’UE maintient la libre circulation pour ses citoyens, mais cible désormais les migrants perçus comme non blancs ou non occidentaux, notamment les musulmans, qu’ils soient récemment arrivés ou nés en Europe.
Depuis 2019, sous la présidence d’Ursula von der Leyen, l’UE a durci sa politique migratoire. Un nouveau poste a été créé pour « protéger notre mode de vie européen », une expression reprise par des figures d’extrême droite comme Marine Le Pen, qui y a vu une « victoire idéologique ». En 2020, von der Leyen a salué la Grèce comme le « bouclier européen » contre les réfugiés, malgré les accusations de violences aux frontières commises par les gardes-frontières grecs, avec la complicité de Frontex (l’agence européenne de garde-frontières). En 2021, un traducteur afghan travaillant pour Frontex a été victime de violences policières en Grèce, expulsé illégalement vers la Turquie, puis abandonné par l’UE. Ces événements n’ont pas entraîné de changement de politique, illustrant la priorité donnée au contrôle des frontières.
Contrairement aux attentes, le Brexit n’a pas déclenché une vague de sorties de l’UE dans d’autres pays européens. Les partis d’extrême droite ont abandonné l’idée d’un Frexit ou d’un Italexit, préférant une stratégie de transformation de l’UE de l’intérieur. Depuis les élections européennes de 2024, le Parti populaire européen (PPE, centre-droit) a formé des alliances avec l’extrême droite, affaiblissant les politiques climatiques et environnementales. En juin 2026, un ensemble de mesures anti-immigration a été adopté, incluant la détention des réfugiés dans des pays hors UE et des contrôles inspirés du modèle américain. Les députés d’extrême droite ont célébré ce vote en scandant « Renvoyez-les ! ». Par ailleurs, des dirigeants comme Keir Starmer (Royaume-Uni) et Mette Frederiksen (Danemark) cherchent à affaiblir la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), un texte fondateur de la coopération européenne.
L’extrême droite européenne promeut désormais le concept de « remigration », un euphémisme désignant des politiques de nettoyage ethnique à grande échelle. Ce terme, popularisé lors de rassemblements en 2026, vise à expulser les migrants perçus comme indésirables, y compris ceux nés en Europe. En France, des figures d’extrême droite comme Marine Le Pen ou des anciens responsables de Frontex, comme Fabrice Leggeri, sont impliquées dans des affaires liées à des violences contre les migrants. Leggeri, après avoir dirigé Frontex, est devenu député européen pour le parti de Le Pen. Un juge français enquête actuellement sur son rôle dans des refoulements violents de bateaux de réfugiés en Méditerranée. Ces évolutions montrent une radicalisation croissante des politiques migratoires au sein de l’UE.
Dix ans après le référendum britannique, l’UE n’a pas disparu, mais elle a profondément changé. Les espoirs d’une réaction en chaîne de départs se sont évanouis, tandis que l’extrême droite a adopté une stratégie de capture de l’UE. Les politiques migratoires se durcissent, avec des mesures inspirées par les idées les plus radicales, comme la *remigration*. Les alliances entre le centre-droit et l’extrême droite au Parlement européen ont permis de faire reculer les législations environnementales et les droits humains. La question n’est plus de savoir s’il faut « plus ou moins d’Europe », mais de comprendre ce que l’Europe représente aujourd’hui : un espace de coopération ou un outil au service de politiques restrictives et exclusives.

