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Quand la paix devient suspecte : pourquoi Peter Thiel voit le pape comme l’Antéchrist

The Conversation France · mis à jour il y a 1 h

À Scottsdale en Arizona, Peter Thiel s’entretient avec des dirigeants d’entreprise, des investisseurs et des leaders d’opinion participant au Converge Tech Summit de 2022, organisé dans le cadre du Waste Management Phoenix Open, un tournoi de golf professionnel. Gage Skidmore/Wikimedia Commons , CC BY L’ESSENTIEL Dans un essai publié en juillet 2026, le milliardaire états-unien Peter Thiel s’en prend aux aspirations pacificatrices du pape, qu’il associe, sans jamai.

Thiel et l'Antéchrist

Peter Thiel, milliardaire américain cofondateur de PayPal et de Palantir, a publié en 2026 un essai intitulé The Pope and the Antichrist, où il compare sans le nommer le pape à la figure biblique de l'Antéchrist. Pour Thiel, l'Antéchrist n'est pas un tyran violent, mais un pacificateur qui séduit en promettant la paix et l'universalisme. Cette idée s'inspire du philosophe russe Vladimir Soloviev, qui décrivait en 1900 un Antéchrist unificateur, œcuménique et adulé pour son œuvre en faveur de la paix mondiale. Thiel s'appuie aussi sur la théorie mimétique de René Girard, selon laquelle le mal agit en imitant le bien. Dans cette perspective, l'Antéchrist surgit du cœur même du christianisme, parfois sous les traits d'un pape.

Définition de l'Antéchrist

Le terme Antéchrist apparaît dans les épîtres de Jean et désigne littéralement « contre le Christ » ou « à la place du Christ ». Il ne s'agit pas d'un ennemi extérieur, mais d'une contrefaçon du Christ, un faux prophète qui détourne les fidèles. Dans la tradition chrétienne, l'Antéchrist est décrit comme un usurpateur qui s'installe dans le temple de Dieu pour s'y faire adorer, ou comme une Bête et un faux prophète dans l'Apocalypse. L'idée d'un Antéchrist pacificateur, comme celle de Soloviev, est une variante où le Mal séduit par la concorde et l'effacement des frontières entre bien et mal. Thiel reprend cette vision pour critiquer les aspirations pacificatrices du pape, qu'il juge trompeuses.

Le pape et la guerre juste

En mai 2026, le pape Léon XIV a publié une encyclique, Magnifica Humanitas, où il déclare que la théorie de la guerre juste est « désormais dépassée ». Cette doctrine, héritée d'Augustin et de Thomas d'Aquin, permettait depuis des siècles à l'Église de justifier certains conflits sous conditions strictes. En la rejetant, le pape rompt avec une tradition millénaire et s'oppose directement à des figures comme J.D. Vance, vice-président des États-Unis, qui invoquait cette théorie pour justifier la guerre contre l'Iran. Pour Thiel et ses alliés, cette encyclique place le pape dans le rôle de l'Antéchrist, car elle prône une paix universelle et un multilatéralisme qui, selon eux, affaibliraient l'Occident.

Droite chrétienne et universalisme

La méfiance envers l'universalisme et la paix universelle n'est pas nouvelle dans la droite chrétienne américaine et européenne. Dès le concile Vatican II (1962-1965), des catholiques traditionalistes dénonçaient un Vatican « moderniste » coupable d'œcuménisme et de dialogue interreligieux. Thiel s'inscrit dans cette lignée en associant l'universalisme à une ruse du Mal. Cette vision est partagée par des intellectuels comme Éric Zemmour, qui parle de « globalisme » comme d'un ennemi dissolvant les nations. Ces courants se retrouvent dans des réseaux transatlantiques comme les conférences National Conservatism, où des figures comme Viktor Orbán, J.D. Vance ou Zemmour défendent une vision identitaire de la civilisation, opposée à l'universalisme.

Ennemi intérieur et souveraineté

La logique de l'Antéchrist comme ennemi intérieur s'étend au-delà de la théologie. Elle alimente une défiance envers les institutions internationales, perçues comme des outils du Mal. Par exemple, Marco Rubio, secrétaire d'État américain, a qualifié la Cour pénale internationale de menace pour l'Amérique, promettant de la « démonter, brique par brique ». Cette rhétorique n'est pas inédite : dès 1919-1920, le Sénat américain avait refusé d'entrer dans la Société des nations, et les États-Unis n'ont jamais ratifié le traité de la Cour pénale internationale. Pour ces courants, la paix négociée et le droit international sont des armes utilisées par l'Antéchrist pour affaiblir les nations souveraines.

Ce que ça pourrait changer

L'article souligne un phénomène inquiétant : la frontière entre paix et guerre devient floue. Le pape élargit la définition de la paix en rejetant la guerre juste, Thiel rend la paix suspecte en l'associant à l'Antéchrist, et Rubio transforme le droit international en agression. Ce brouillage a des conséquences concrètes : il délégitime la diplomatie et les solutions négociées. L'histoire montre que lorsque la paix est présentée comme l'ennemie et la guerre comme un droit, cela peut justifier des actions radicales. Le débat dépasse la théologie : il s'agit de redéfinir qui incarne le Mal dans les conflits contemporains.

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