L'Instant poésie de François Jullien : "Ariettes oubliées" de Paul Verlaine, vague à l'âme
En publiant ces "Ariettes oubliées" en 1874, Paul Verlaine a révolutionné le langage poétique en s'affranchissant de la langue de lettre traditionnelle du 19e siècle. Il va à l'encontre de la rhétorique habituelle, avec une légèreté nouvelle, et très moderne..
Paul Verlaine (1844-1896) est un poète français majeur du XIXe siècle, associé au mouvement symboliste. Son existence, marquée par des relations tumultueuses comme celle avec Arthur Rimbaud, influence profondément son écriture. Verlaine a composé Romances sans paroles, un recueil publié en 1874 alors qu’il purgeait une peine de prison pour avoir blessé Rimbaud. Ce livre, bien que léger en apparence, explore des thèmes comme la mélancolie, l’amour et la nature. Les Ariettes oubliées font partie de ce recueil et illustrent son style poétique innovant, où la musicalité et les métaphores délicates occupent une place centrale.
Avec les Ariettes oubliées, publiées en 1874, Verlaine rompt avec la langue de lettre traditionnelle du XIXe siècle. Il abandonne les structures rigides et la rhétorique pompeuse pour adopter une expression plus libre et moderne. Selon le philosophe François Jullien, Verlaine désassigne le langage en réduisant l’importance du sens au profit du signifiant, c’est-à-dire des sons, des rythmes et des images. Cette approche crée un régime de parole où la légèreté et l’imprécision deviennent des outils poétiques, ouvrant la voie à une poésie plus intuitive et moins descriptive.
François Jullien a sélectionné l’Ariette oubliée V pour illustrer cette rupture. Le poème décrit un piano dont les notes résonnent dans une pièce baignée de lumière rose et grise, tandis qu’un air ancien et fragile semble flotter dans l’air. Le texte joue sur des sensations visuelles et auditives, comme le clavecin sonore ou le boudoir parfumé. Jullien souligne que le sens y est moins important que l’atmosphère créée par les mots. Le poème se termine par une question ouverte sur un berceau et un refrain incertain, invitant le lecteur à interpréter plutôt qu’à comprendre de manière littérale.
Les *Ariettes oubliées* sont extraites du recueil *Romances sans paroles*, publié en 1891 dans sa version définitive. Ce texte est lu par Hélène Lausseur dans le podcast *L’Instant poésie* de France Culture, où il est accompagné d’une illustration de Philomène Fontaine. Depuis septembre 2025, cette série de podcasts a été adaptée en un livre de 300 pages aux Éditions Seghers, reproduisant les commentaires des intervenants, les poèmes et les illustrations. Le podcast propose une expérience immersive grâce à un son spatialisé, recommandant l’écoute avec un casque pour en apprécier pleinement la dimension sonore.

