Crise à la FIFA : « de la gestion par la peur »
C’est en ces termes que la présidente de la Fédération norvégienne qualifie le départ du no 3 Kevin Lamour..
La FIFA a licencié Kevin Lamour, un haut responsable qui avait critiqué publiquement le projet de cession des futurs bénéfices de la Coupe du monde porté par Gianni Infantino, le président de l’instance. Ce licenciement est intervenu 17 jours après les déclarations de Lamour à l’Associated Press, dans lesquelles il accusait Infantino d’avoir trompé le personnel de la FIFA en manquant de transparence. Lamour, considéré comme un administrateur compétent et ayant travaillé aux côtés d’Infantino pendant des années, a été qualifié de meilleur dirigeant du soccer par Lise Klaveness, présidente de la Fédération norvégienne de soccer. Ce licenciement est perçu comme un exemple de gestion par la peur, une méthode où les employés sont intimidés pour éviter les critiques ou les désaccords.
Gianni Infantino avait proposé un projet d’investissement de 20 milliards de dollars visant à vendre les futurs bénéfices de la Coupe du monde à des investisseurs privés, dont Joshua Kushner, frère du gendre du président américain Donald Trump. Ce projet prévoyait un investissement de 4,2 milliards de dollars pour acquérir une participation de 20 % dans une filiale commerciale de la FIFA. L’objectif annoncé était de financer des offres de 20 millions de dollars à chacune des 211 fédérations nationales membres de la FIFA. Ces fédérations, déjà propriétaires de la FIFA (une organisation à but non lucratif), auraient eu jusqu’à la mi-septembre pour accepter cette proposition. Le projet a été abandonné après les critiques, notamment celles de Kevin Lamour et des instances dirigeantes du soccer européen et asiatique.
Plusieurs fédérations de soccer ont réagi vivement au projet d’Infantino. La Fédération écossaise a retiré son soutien à Infantino, tandis que le président du soccer africain a insisté pour que le sort d’Infantino soit décidé par les urnes, c’est-à-dire par un vote des membres de la FIFA. Lise Klaveness, ancienne internationale norvégienne et membre élue du comité exécutif de l’UEFA (l’instance dirigeante du soccer européen), a critiqué la gestion par la peur pratiquée par la FIFA et appelé les autres dirigeants à ne pas se soumettre à des directives qu’ils savent contraires aux intérêts du soccer. Elle a également salué le travail de Kevin Lamour, le décrivant comme un administrateur exceptionnel.
La FIFA traverse une crise majeure en raison de ce projet controversé et des méthodes de gestion d’Infantino. La FIFA est une organisation internationale à but non lucratif qui organise la Coupe du monde, l’un des événements sportifs les plus lucratifs au monde. Elle est dirigée par 211 fédérations nationales membres, dont les réserves financières s’élèvent à plusieurs milliards de dollars. Le projet d’Infantino visait à utiliser ces réserves pour attirer des investisseurs privés, une approche critiquée pour son manque de transparence et son potentiel à transformer le soccer en un simple produit financier. Les fédérations européennes et africaines, ainsi que des personnalités comme Lise Klaveness, s’opposent fermement à cette logique, prônant une gestion plus transparente et respectueuse des intérêts du sport.
Face aux critiques, la FIFA a reconnu des erreurs et présenté des excuses. Le projet d’investissement a été abandonné, et les fédérations membres ont été invitées à se prononcer sur les orientations futures de l’organisation. Cependant, le licenciement de Kevin Lamour et les méthodes de gestion d’Infantino restent des sujets de controverse. Mattias Grafström, secrétaire général de la FIFA, est particulièrement visé par les critiques pour son rôle dans la mise en œuvre des directives controversées. La situation met en lumière les tensions entre une gestion traditionnelle du soccer, centrée sur les fédérations, et une approche plus commerciale et financière promue par certains dirigeants.

