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Culture

La mythologie chinoise 10/10 : 5 000 ans d'histoire

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 20 j

C’est l’un des refrains les plus puissants du récit chinois contemporain : celui d’une civilisation continue, cinq fois millénaire, dont le Parti communiste serait aujourd’hui l’héritier légitime. Que recouvre ce motif ? Et que reste-t-il archéologiquement, politiquement, de cette continuité ?.

Mythologie des 5 000 ans

Le récit des 5 000 ans d’histoire chinoise est un pilier du discours politique contemporain, aussi bien pour le Parti communiste chinois (PCC) que pour ses opposants, comme la compagnie Shen Sun liée au Falun Gong. Ce mythe, apparu au début du XXe siècle, s’appuie sur la figure de l’empereur jaune (Huangdi), considéré comme l’ancêtre mythique de la civilisation chinoise. Il sert à donner une légitimité historique à la Chine moderne en la présentant comme une civilisation continue et ancienne, opposée aux humiliations subies par l’Empire chinois. Ce chiffre de 5 000 ans n’est pas une donnée archéologique ou historique avérée, mais un outil politique visant à renforcer l’identité nationale et la cohésion sociale. Il s’agit donc d’un mythe fondateur, construit pour servir des intérêts idéologiques ou culturels.

Histoire réécrite par le PCC

Le Parti communiste chinois a toujours utilisé l’histoire comme un outil de propagande. En 1945, 1981 et 2021, il a adopté trois résolutions historiques pour façonner sa narration. La première (1945) légitimait ses actions avant la fondation de la République populaire de Chine (1949). La deuxième (1981) tentait de préserver l’image de Mao Zedong malgré les catastrophes du Grand Bond en avant (1958-1962) et de la Révolution culturelle (1966-1976). La troisième (2021), sous Xi Jinping, affirme que le PCC a permis le renouveau de la Chine, se présentant comme l’héritier légitime d’une civilisation cinq fois millénaire. Ce paradoxe montre comment un parti révolutionnaire, initialement hostile à la tradition, est devenu son gardien officiel.

Preuves archéologiques fragiles

Les traces écrites les plus anciennes de la Chine ne remontent qu’à environ 3 500 ans, et non 5 000 ans. Les découvertes archéologiques, comme le site de Shuanghuaishu (5 300 ans) ou les guerriers en terre cuite (259-210 av. J.-C.), sont souvent instrumentalisées pour étayer le mythe. L’archéologie chinoise, massivement financée, est utilisée pour renforcer une confiance culturelle nationale. Par exemple, en 2021, le site de Shuanghuaishu a été présenté comme l’une des Cent grandes découvertes archéologiques du siècle, en lien avec le lancement des Nouvelles routes de la soie par Xi Jinping. Cependant, les archéologues soulignent que ces découvertes ne prouvent pas une continuité ininterrompue, mais plutôt l’évolution de sociétés complexes.

Cinéma et propagande culturelle

Le cinéma chinois joue un rôle clé dans la diffusion du mythe des 5 000 ans. Depuis les années 2000, des films comme Hero (2002) de Zhang Yimou remettent en scène des figures légendaires pour exalter l’unité du territoire et la primauté de l’ordre. Ces œuvres cinématographiques servent à justifier la stabilité politique actuelle en la reliant à une tradition ancienne. Le film Hero, par exemple, met en scène un sacrifice individuel au nom d’un idéal collectif, une métaphore directe du discours du pouvoir chinois. Cette stratégie cinématographique s’inscrit dans une volonté de renforcer l’identité nationale et de légitimer le régime en place.

Conflit entre tradition et modernité

Le mythe des 5 000 ans illustre un conflit entre tradition et modernité en Chine. Historiquement, le PCC a rejeté la culture ancienne, notamment pendant la Révolution culturelle (1966-1976), où des sites historiques et des artefacts ont été détruits. Pourtant, depuis les années 1980, le parti a opéré un virage en se présentant comme le gardien de cette tradition. Ce revirement s’explique par la nécessité de renforcer la légitimité du régime face aux défis économiques et sociaux. Aujourd’hui, le PCC utilise ce récit pour promouvoir une vision unifiée de l’histoire chinoise, tout en contrôlant étroitement sa narration à travers des institutions comme le Musée de Sanxingdui ou des productions culturelles comme le spectacle Shen Yun.

Ce que ça pourrait changer

Les opposants au régime chinois, comme les membres du **Falun Gong**, utilisent également le mythe des 5 000 ans pour promouvoir leur vision de la Chine. La compagnie *Shen Sun*, créée par des adeptes du Falun Gong, organise des spectacles à l’étranger pour célébrer la *renaissance de 5 000 ans de civilisation*. Ces initiatives montrent que le récit des 5 000 ans dépasse les clivages politiques et est partagé par des acteurs aux objectifs opposés. Pour les opposants, ce mythe sert à critiquer le PCC en mettant en avant une Chine idéale, tandis que pour le régime, il légitime son pouvoir en le reliant à une histoire millénaire. Cette convergence paradoxale souligne la puissance symbolique de ce récit.

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