En Europe, l’usage public des lunettes Meta avec l’IA jugé illégal par des experts
Dans un rapport très fourni, l’autorité de protection des données hambourgeoise donne sa position sur l’utilisation légale des lunettes connectées de Meta, que ce soit dans leur utilisation « simple » pour prendre des photos, l’utilisation avec Meta AI ou celle en connexion avec les réseaux sociaux. Elle martèle clairement que la reconnaissance de personnes […].
Les experts de la HmbBfDI (Hamburgischer Beauftragter für Datenschutz und Informationsfreiheit), équivalent de la CNIL pour le land de Hambourg en Allemagne, ont publié un rapport de 53 pages analysant les lunettes connectées Ray-Ban Meta Wayfarer (Gen 1) associées à l’application Meta AI. Leur objectif était d’évaluer leur conformité avec le droit européen en matière de protection des données personnelles, notamment lorsqu’elles sont utilisées en public. Leur conclusion est sans appel : ces lunettes posent des défis majeurs pour la vie privée des tiers, c’est-à-dire des personnes filmées ou photographiées sans leur consentement explicite. Le rapport s’appuie sur une analyse technique des composants électroniques des lunettes et des données transmises à Meta, ainsi que sur les fonctionnalités de l’application.
Les experts ont examiné les lunettes Ray-Ban Meta Wayfarer (Gen 1) et découvert qu’elles contiennent une puce mémoire du fabricant BIWIN et un processeur Qualcomm spécialisé pour les calculs d’intelligence artificielle. Les données transmises par les lunettes vers les serveurs de Meta sont en grande partie chiffrées, ce qui rend difficile leur analyse directe. Cependant, les experts ont pu accéder aux données stockées sur le téléphone de l’utilisateur, notamment via une base de données SQLite nommée /data/data/com.facebook.stella. Cette base contient des tables comme face, face_group ou face_to_face_group, dont l’usage exact n’a pas pu être confirmé, mais qui suggèrent une possible reconnaissance faciale. Les visages capturés sont floutés dans les images envoyées par Meta, mais il reste incertain si ce floutage est effectué avant ou après l’envoi des données.
L’un des principaux problèmes soulevés par le rapport concerne la transparence envers les personnes filmées. Les lunettes disposent d’une diode lumineuse qui s’allume lors de l’enregistrement, mais celle-ci n’est pas toujours visible en fonction de l’angle, de la distance ou de l’éclairage. Les experts estiment que cette signalisation est insuffisante pour informer correctement les tiers de la captation de leurs données personnelles. En Europe, toute utilisation de données personnelles (comme des images ou des vidéos) doit reposer sur un consentement explicite ou un intérêt légitime. Les experts suggèrent que les utilisateurs devraient ajouter des mesures supplémentaires, comme des pictogrammes ou des annonces verbales, pour informer les personnes concernées. Sans ces précautions, l’utilisation des lunettes dans l’espace public serait illégale.
L’application Meta AI permet aux utilisateurs d’interagir avec une intelligence artificielle via des commandes vocales ou textuelles. Les données vocales sont anonymisées avant d’être stockées, mais les transcriptions des conversations restent accessibles dans le Journal d’activité vocale de l’interface utilisateur. Les experts soulignent que la suppression des conversations n’est pas totale : même après avoir utilisé le bouton Supprimer toutes les conversations, les données restent dans le journal et ne peuvent être effacées qu’une par une. Concernant la reconnaissance faciale, aucune preuve directe de son utilisation n’a été trouvée, bien que des enquêtes antérieures, comme celle de Wired en juin 2026, aient suggéré son intégration discrète.
Les experts allemands ont identifié plusieurs scénarios où l’utilisation des lunettes pourrait être considérée comme légale. Par exemple, si l’utilisateur n’a pas activé l’option permettant à Meta d’utiliser les données pour entraîner ses modèles d’IA, la transmission de données personnelles de tiers pourrait être justifiée par un consentement ou un intérêt légitime, comme la navigation, la traduction ou l’aide aux personnes malvoyantes. En revanche, si l’entraînement de l’IA est autorisé, des exigences supplémentaires en matière de transparence s’appliquent, car les tiers ne s’attendent généralement pas à ce que leurs données soient intégrées de manière permanente dans les modèles d’IA. Sur les réseaux sociaux, le consentement des personnes filmées est obligatoire pour toute publication.
Les experts de la *HmbBfDI* concluent que l’utilisation des lunettes *Meta AI* dans l’espace public est très restrictive en raison des exigences européennes en matière de protection des données. Ils estiment que la représentation identifiable de personnes non proches (famille, amis) n’est généralement pas autorisée, sauf dans des cas exceptionnels impliquant un intérêt légitime. Le simple fait que la diode s’allume ne suffit pas à garantir une information suffisante des tiers. Les utilisateurs devraient mettre en place des mesures complémentaires, comme des annonces verbales ou des pictogrammes, pour se conformer à la loi. Ce rapport technique et juridique pourrait influencer les régulateurs européens, dont la *CNIL* française, dans leur évaluation des lunettes connectées et des applications d’IA associées.

