Comment impliquer les personnes vivant à proximité des installations nucléaires dans la surveillance de la radioactivité ?
Une étude participative menée près du site de retraitement de combustibles nucléaires usagés à La Hague, dans la Manche, montre comment impliquer davantage les populations, résidant à proximité, dans la surveillance de la radioactivité. Truzguiladh/WikiCommons , CC BY-SA L’ESSENTIEL Les zones qui jouxtent les installations nucléaires font l’objet, en France, d’une surveillance régulière par les exploitants et l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR).
En France, la radioactivité autour des installations nucléaires est surveillée régulièrement par les exploitants et l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). Cette surveillance couvre l’air, les eaux, les sols, la faune, la flore et les aliments. L’ASNR effectue ses propres mesures pour vérifier l’impact des rejets autorisés et détecter d’éventuelles anomalies. Cependant, choisir les lieux de prélèvement et les aliments à analyser nécessite une connaissance fine du territoire. Par exemple, près de La Hague, où se trouvent une usine de traitement de combustibles nucléaires usagés et un centre de stockage de déchets, l’ASNR a mené une étude participative pour mieux cibler ces prélèvements. Cette étude visait à inclure les pratiques locales comme les potagers ou la chasse, souvent négligées dans les protocoles classiques.
Le site de La Hague, dans la Manche, est un lieu clé du cycle nucléaire français. Depuis des décennies, il reçoit les combustibles usés de dizaines de réacteurs pour les retraiter. Cette activité génère des rejets autorisés mais strictement contrôlés de substances comme le krypton 85, le tritium, le carbone 14 et l’iode 129. Entre 2018 et 2024, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN, aujourd’hui intégré à l’ASNR) a mené plusieurs campagnes autour de ce site. L’objectif était de combler un manque de données, notamment sur les aliments locaux comme la viande, les légumes ou le fromage, souvent absents des analyses classiques qui se concentraient surtout sur les poissons et mollusques.
Pour répondre à la question des aliments locaux, l’ASNR a mis en place une approche participative à La Hague. Un groupe de travail a réuni des membres des commissions locales d’information sur le nucléaire, des producteurs agricoles et des représentants des exploitants comme Orano et l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra). Ensemble, ils ont choisi les lieux de prélèvement en tenant compte des vents dominants et identifié les aliments à analyser, comme les légumes, la viande ou le gibier. Cette méthode a permis d’intégrer des pratiques d’autoconsommation souvent ignorées par les dispositifs classiques. Les échantillons ont ensuite été analysés en laboratoire pour mesurer leur radioactivité.
Les analyses ont révélé la présence de tritium et de carbone 14, deux radionucléides issus des rejets autorisés du site, dans plusieurs aliments locaux. Les niveaux de radioactivité mesurés étaient généralement faibles, entre une et cinq fois le bruit de fond radiologique naturel. Par exemple, les ajoncs, des arbustes utilisés comme bio-indicateurs pour évaluer la qualité de l’environnement, ont montré des traces plus élevées près du littoral en raison du transport du tritium par les embruns. Les estimations dosimétriques, qui calculent l’exposition des consommateurs, concluent à une très faible exposition, bien en dessous des seuils réglementaires.
Les résultats de la radioactivité sont centralisés par le *Réseau national de mesures de la radioactivité de l’environnement*. Depuis la loi de 2006 sur la transparence nucléaire, le public a le droit d’accéder à ces données. Cependant, publier des chiffres ne suffit pas : les unités techniques, les incertitudes et la signification des mesures nécessitent des explications. L’étude participative de La Hague a permis d’intégrer des productions alimentaires locales et des pratiques d’autoconsommation, souvent ignorées par les protocoles classiques. Cette démarche met en lumière l’importance de la transparence pour que chacun comprenne les méthodes, les responsabilités des acteurs et les limites des résultats.

