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Généraliste

L’affaire Thélyson Orélien ou le génie de la bouteille

Le Devoir · mis à jour il y a 17 j

L’intelligence artificielle changera-t-elle notre conception de la littérature? Je ne le crois pas..

Scandale autour de Thélyson Orélien

Le romancier Thélyson Orélien est au cœur d’une polémique après des accusations selon lesquelles il aurait utilisé une intelligence artificielle (IA) pour écrire son livre C’était ça ou mourir. Il est également soupçonné de plagiat dans des textes antérieurs. Ces révélations ont provoqué une réaction immédiate du milieu littéraire : l’Académie Goncourt a retiré son roman de sa première sélection, le Salon du livre de l’Estrie lui a retiré son statut d’invité d’honneur, et les Éditions du Boréal ont suspendu la promotion du livre. Bien que le président de l’Académie Goncourt, Philippe Claudel, ait appelé à éviter une condamnation hâtive, Orélien fait face à une forte réprobation. Le plagiat est une faute reconnue par la loi, mais l’utilisation d’une IA soulève des questions différentes, car elle ne prive aucun auteur spécifique de ses droits.

Plagiat vs IA : deux fautes distinctes

Le plagiat consiste à s’approprier le travail d’un autre auteur sans le citer, ce qui est illégal et peut être sanctionné par des institutions comme les tribunaux ou les universités. En revanche, recourir à une IA pour écrire un roman ne constitue pas un vol de propriété intellectuelle, car l’outil s’appuie sur des milliards de textes issus de centaines de langues sans cibler un auteur en particulier. Cependant, l’IA soulève une question éthique et culturelle : elle permet de générer un texte capable de tromper le lecteur sur son origine, mais sans l’ancrage humain traditionnel. Le problème n’est pas la qualité du texte produit, mais bien le fait que son origine ne repose pas sur l’expérience vécue ou les émotions d’un écrivain. Le roman de Orélien, par exemple, aborde la souffrance des personnes déplacées, une réalité humaine forte, même si une machine a participé à sa rédaction.

Le mythe du génie littéraire

Depuis le romantisme (fin du XVIIIe siècle), la littérature est associée à l’idée du génie, une notion qui lie indissociablement l’œuvre à son auteur. Cette conception repose sur l’idée qu’un texte littéraire est l’expression d’une voix unique, inséparable de la personne qui l’a écrit. Historiquement, le génie était parfois attribué à une force extérieure, comme les dieux grecs ou le genius romain, mais il s’est intériorisé avec le temps, devenant une caractéristique intrinsèque de l’écrivain. Cette vision explique pourquoi l’utilisation d’une IA est perçue comme un « crime de lèse-littérature » : elle rompt avec l’idée que le texte doit porter la marque d’une expérience humaine authentique et irremplaçable.

Haute littérature vs littérature populaire

La littérature n’est pas un bloc monolithique : elle se divise entre une haute littérature (celle des grands prix comme le Goncourt en France ou les Prix du Gouverneur général au Canada) et une littérature plus populaire ou fonctionnelle. Dans la haute littérature, l’œuvre est censée incarner une singularité irréductible, reflétant la personnalité et l’expérience de son auteur. C’est pourquoi l’affaire Orélien a pris une telle ampleur : son roman était en compétition pour des distinctions prestigieuses, ce qui a exacerbé les attentes en matière d’authenticité et de génie humain. À l’inverse, des genres comme les mémoires de sportifs ou les romans policiers à succès acceptent plus facilement l’idée d’un travail d’équipe ou de prête-plume, car ils ne prétendent pas à la même légitimité littéraire.

Ce que ça pourrait changer

L’article suggère que l’**intelligence artificielle** ne changera pas fondamentalement notre conception de la littérature à court terme. Les institutions littéraires (éditeurs, prix, librairies) devraient rapidement établir des règles pour encadrer l’utilisation de l’IA, comme elles l’ont fait pour d’autres innovations technologiques. Ces balises pourraient définir ce qui est acceptable ou non, par exemple en imposant une transparence sur l’usage des outils numériques. Cependant, l’affaire Orélien montre que le public et les acteurs du milieu restent très attachés à l’idée d’un texte ancré dans le génie humain. L’IA pourrait être tolérée dans des contextes moins prestigieux, mais elle reste incompatible avec l’idéal romantique de la création littéraire, du moins dans sa forme actuelle.

Sujets complémentaires

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