En Algérie, la mémoire irradiée des témoins des essais nucléaires français
Entre 1960 et 1966, la France a réalisé 17 essais nucléaires dans le Sahara algérien, dont 11 ont eu lieu après l’indépendance. “Raseef22” est retourné sur les sites contaminés.
Entre 1960 et 1966, la France a réalisé 17 essais nucléaires en Algérie, dont 4 dans l’atmosphère près de Reggane et 13 souterrains à In Ekker, dans le massif du Hoggar. Ces tests ont eu lieu après l’indépendance de l’Algérie en 1962, conformément aux accords d’Évian qui autorisaient la France à poursuivre ses essais pendant cinq ans. Les essais atmosphériques désignent des explosions nucléaires réalisées en surface, libérant des particules radioactives dans l’air, tandis que les essais souterrains sont effectués sous terre pour limiter la dispersion des radiations. Ces essais ont exposé la population locale à des risques sanitaires majeurs, notamment des travailleurs algériens chargés de manipuler le matériel sans protection ni information sur les dangers. Les sites concernés restent aujourd’hui des zones potentiellement contaminées, mais l’Algérie n’a pas accès aux cartes françaises détaillant l’enfouissement des déchets radioactifs.
Les travailleurs algériens, comme Touhami Abdelkrim, âgé aujourd’hui de 87 ans, ont joué un rôle central dans la réalisation des essais nucléaires français. Leur tâche consistait à manipuler du matériel militaire, souvent sans équipement de protection ni connaissance des risques liés à la radioactivité. Ces travailleurs, souvent pauvres et peu éduqués, ont été recrutés localement pour des missions logistiques, comme le transport de matériel ou la préparation des sites. Leur exposition prolongée aux radiations a pu entraîner des problèmes de santé à long terme, bien que les conséquences exactes restent difficiles à évaluer en l’absence de données médicales précises. Leur témoignage illustre les inégalités dans la gestion des risques entre le personnel français, mieux protégé, et les travailleurs locaux.
Les accords d’Évian, signés le 18 mars 1962, ont marqué l’indépendance de l’Algérie tout en maintenant une présence militaire française pour une durée limitée. Une annexe secrète de ces accords permettait à la France de continuer ses essais nucléaires en Algérie jusqu’en 1966, soit quatre ans après l’indépendance. Cette clause a prolongé l’exposition des populations locales aux radiations, alors que les autorités algériennes n’avaient pas la souveraineté nécessaire pour contrôler ces activités. Aujourd’hui, l’Algérie réclame l’accès aux archives françaises concernant l’enfouissement des déchets radioactifs, mais ces documents restent inaccessibles. Cet héritage des essais nucléaires soulève des questions sur la responsabilité historique de la France et les droits des victimes algériennes.
Les sites des essais nucléaires en Algérie, notamment Reggane et In Ekker, sont aujourd’hui des zones potentiellement contaminées par la radioactivité. Les *déchets radioactifs* désignent les matériaux ou résidus issus des essais nucléaires qui émettent des radiations dangereuses pour la santé humaine et l’environnement. Bien que les essais souterrains aient limité la dispersion immédiate des particules radioactives, des fuites ou des contaminations résiduelles sont possibles. L’Algérie ne dispose pas des cartes françaises précisant l’emplacement exact des déchets enfouis, ce qui complique l’évaluation des risques pour les populations locales. Ces enjeux soulèvent des questions sur la transparence des anciennes puissances coloniales et la protection des populations affectées par ces activités.

