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Géopolitique

Le Premier ministre marocain fera-t-il les frais de la crise de Ceuta ?

Courrier International · mis à jour il y a 13 j

L’épisode de l’arrivée massive de jeunes Marocains dans l’enclave espagnole de Ceuta a laissé des traces sur le gouvernement de l’homme d’affaires Aziz Akhannouch, accusé d’avoir délaissé la jeunesse du pays. Des critiques qui risquent de peser lors des prochaines élections législatives, prévues le 23 septembre..

Crise à Ceuta

En 2026, plus de 60 000 jeunes Marocains ont traversé la frontière vers Ceuta, une enclave espagnole située au nord du Maroc. Cet événement a révélé un profond malaise au sein de la jeunesse marocaine, marquée par un chômage élevé et un sentiment d’injustice. Ceuta, ville espagnole mais entourée par le territoire marocain, est un point de passage symbolique vers l’Europe. L’afflux massif de migrants a mis en lumière les difficultés économiques du Maroc, où la croissance de 4,9 % en 2025 ne se traduit pas par la création d’emplois, notamment pour les 15-24 ans, dont 29,2 % sont sans emploi au premier trimestre 2026. Le chômage global atteint 10,8 % de la population active.

Critiques contre Akhannouch

Le Premier ministre marocain Aziz Akhannouch, homme d’affaires milliardaire, est au cœur des critiques. Son gouvernement est accusé de négliger la jeunesse, avec un bilan économique et social jugé mitigé. Une association marocaine des droits humains réclame une enquête indépendante après 130 victimes et des dizaines de disparus lors de l’exode vers Ceuta. Akhannouch est également critiqué pour des soupçons de conflits d’intérêts, où ses responsabilités politiques seraient entremêlées avec ses intérêts économiques privés. Le Maroc est classé 91e sur 182 pays par l’ONG Transparency International pour la corruption, au même niveau que la Tunisie ou l’Inde.

Contexte politique

Les élections législatives marocaines sont prévues pour le 23 septembre 2026. Akhannouch a annoncé qu’il ne serait ni candidat à sa succession ni à la tête de son parti, le Rassemblement national des indépendants (RNI), mais il continue de faire campagne pour son camp. Son parti a élu un autre homme d’affaires, Mohamed Chaouki, comme président. Akhannouch a récemment visité la région d’Al-Haouz, touchée par un séisme en septembre 2023, pour mettre en avant son bilan de reconstruction, avec 50 000 logements reconstruits et 60 000 familles sinistrées aidées. Cependant, certains médias locaux rapportent des tensions avec les habitants, qui estiment être exclus des aides.

Alternatives politiques

Un autre nom émerge dans le débat politique marocain : Fouzi Lekjaa, président de la Fédération marocaine de football et ministre délégué chargé du budget. Il a rejoint le Parti authenticité et modernité et est présenté comme un possible successeur d’Akhannouch. Certains voient en lui un futur leader, notamment en raison de l’organisation de la Coupe du monde 2030 au Maroc, qui implique des investissements majeurs. Cependant, des critiques soulignent que sa légitimité, acquise dans le sport, pourrait ne pas suffire pour gérer les affaires complexes de l’État. Cela révèle une crise au sein des partis politiques marocains, incapables de former des leaders internes.

Ce que ça pourrait changer

Les élections de septembre 2026 s’annoncent cruciales pour le Maroc. La crise de Ceuta et le mécontentement de la jeunesse pourraient peser sur le gouvernement en place. Akhannouch, bien que non candidat, reste une figure centrale de son parti. L’arrivée de Lekjaa ou d’autres figures politiques pourrait redéfinir l’équilibre du pouvoir. Le scrutin pourrait aussi être influencé par la gestion des conséquences du séisme de 2023 et la perception des aides publiques. Les partis politiques, en difficulté pour proposer des leaders crédibles, devront répondre aux attentes d’une population en quête de changement.

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