Une politique de l’abandon
Ça y est, le programme collégial dans les pénitenciers est passé à la trappe..
Le 18 septembre 2026, le cégep situé dans le pénitencier de Cowansville a dispensé son dernier cours après plus de 50 ans d'existence. Ce programme, axé sur des valeurs humanistes et le développement de la pensée critique, était une exception dans le milieu carcéral québécois. Il permettait aux personnes incarcérées d'accéder à une formation postsecondaire, un privilège rare. La cérémonie de clôture a été marquée par une grande émotion, tant de la part des enseignants que des étudiants, soulignant l'impact profond de cette initiative sur leurs vies. Le cégep de Cowansville était le seul du genre au Québec, offrant une alternative éducative et humaine au sein d'un environnement souvent perçu comme austère et répressif.
Dès l'annonce de l'abolition du programme en janvier 2026 par le Service correctionnel du Canada (SCC), une vague de protestations a émergé. Enseignants, professionnels du milieu carcéral, étudiants et diplômés, ainsi que des groupes de défense des droits des personnes incarcérées, ont tous dénoncé cette décision. Les recherches, y compris celles menées par le SCC lui-même, confirment que l'éducation en détention réduit les risques de récidive et favorise la réinsertion sociale. Pourtant, malgré ces preuves, aucune justification claire n'a été apportée pour expliquer cette suppression. Les acteurs concernés, des agents correctionnels aux hautes instances du SCC, reconnaissent pourtant les bienfaits du programme, sans pour autant s'opposer à sa disparition.
Pour les étudiants incarcérés, le cégep de Cowansville représentait bien plus qu'un simple lieu d'apprentissage. Selon une professionnelle de l'éducation ayant travaillé sur place, il s'agissait d'un safe space, un refuge où ils pouvaient se ressourcer et éviter de retomber dans de mauvaises habitudes. Ce programme leur offrait l'opportunité de cultiver des rapports humains positifs, essentiels pour maintenir leur motivation et leur équilibre psychologique. La sénatrice indépendante Bernadette Clement, qui s'est rendue sur place en juillet 2026, a confirmé la fierté et la conviction des étudiants et des enseignants quant à l'impact transformateur de ce projet. Pourtant, malgré ces témoignages, le SCC a maintenu sa décision d'abolir le programme.
Dans une réponse transmise en juin 2026 à la sénatrice Clement, le SCC a justifié l'abolition du cégep en invoquant une « incidence mineure sur les délinquants ». Cette affirmation a été largement contestée, notamment par les diplômés du programme et les étudiants eux-mêmes, qui ont partagé des témoignages et des lettres décrivant l'importance de cette formation dans leur parcours. Le nouveau commissaire du SCC, Talal Dakalbab, a évoqué la volonté de développer de nouveaux programmes éducatifs, mais sans préciser leur forme. Une piste privilégiée serait celle des cours en ligne, qui négligent cependant la valeur des interactions humaines en présentiel, essentielles dans un contexte carcéral.
Me Alexandra Paquette, avocate ayant déposé une demande de contrôle judiciaire en Cour fédérale contre l'abolition du programme, estime que le SCC ne respecte pas ses obligations légales. Selon la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition, le SCC doit offrir des programmes favorisant la réinsertion sociale des personnes incarcérées. Or, au Québec, la fin du cégep prive les détenus d'un accès à une douzième année d'études, contrairement au reste du Canada où l'équivalent est couvert par les études secondaires. Cette situation crée une inégalité de traitement, potentiellement discriminatoire, entre les détenus québécois et ceux des autres provinces.
Malgré les mobilisations des étudiants, des enseignants, des groupes de défense des droits et des journalistes, l'abolition du programme collégial dans les pénitenciers québécois est devenue une réalité. Tous les recours possibles ont été activés pour tenter de sauver le cégep, mais sans succès. Cette affaire illustre une tendance plus large dans l'histoire des institutions carcérales canadiennes, marquée par une *politique de l'indifférence et de l'abandon*. Les efforts déployés n'ont pas suffi à inverser la décision, laissant derrière eux un sentiment d'échec et une trace de ce qui est perçu comme un gâchis pour les personnes incarcérées et la société dans son ensemble.

