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GÉNÉRALISTE

Une politique de l’abandon

Source unique·25 sept.

L’abolition du programme de cégep en détention à Cowansville, effective depuis le 18 septembre, marque un tournant dans l’histoire carcérale québécoise et canadienne. Derrière cette décision administrative se cache une logique de réduction des dépenses et de rationalisation des services, mais aussi une remise en cause des principes mêmes de réinsertion sociale. L’absence de justification claire et la contradiction entre les discours officiels et les effets concrets interrogent sur les priorités d’un système correctionnel en quête de cohérence.

Quelles étaient les caractéristiques du programme de cégep en détention à Cowansville et pourquoi a-t-il été aboli ?

Le programme, proposé depuis plus de 50 ans, offrait une formation postsecondaire humaniste et critique aux détenus québécois, dans un environnement carcéral. Il a été aboli par le Service correctionnel du Canada (SCC) en janvier 2026, officiellement pour des raisons budgétaires, bien que le SCC ait lui-même reconnu son impact positif sur la réinsertion sociale. Aucune justification détaillée n’a été fournie, et les alternatives envisagées (comme des cours en ligne) semblent ignorer la valeur des interactions humaines en présentiel.

Qui s’est opposé à cette abolition et quels arguments ont été avancés ?

Les enseignants, les étudiants, les professionnels du milieu correctionnel, les groupes de défense des droits et même la sénatrice Bernadette Clement ont dénoncé cette décision. Les arguments reposent sur des preuves tangibles : la recherche montre que l’éducation en détention réduit les risques de récidive et favorise la réinsertion. Les témoignages des diplômés et des enseignants soulignent aussi l’effet protecteur du programme, perçu comme un safe space pour les détenus en difficulté.

Quelles conséquences juridiques et pratiques cette abolition entraîne-t-elle pour les détenus québécois ?

Au Québec, où le secondaire s’arrête à la 11e année, l’abolition du cégep prive les détenus d’une formation équivalente à une 12e année, contrairement aux directives du SCC et à la loi sur le système correctionnel. Une demande de contrôle judiciaire a été déposée en Cour fédérale, estimant que le SCC manque à ses obligations légales. Les détenus québécois se retrouvent ainsi dans une situation où leurs perspectives éducatives sont inférieures à celles des détenus des autres provinces.

Pourquoi la décision du SCC suscite-t-elle une telle indignation malgré l’absence de justification officielle ?

L’indignation vient du décalage entre les discours publics du SCC (qui met en avant la réinsertion sociale) et ses actes (qui suppriment un programme prouvé comme efficace). La formulation utilisée par le SCC pour minimiser l’impact du programme — « une incidence mineure sur les délinquants » — est perçue comme une insulte par les acteurs du terrain, qui décrivent le cégep comme un levier transformateur. Cette contradiction révèle une politique carcérale marquée par l’indifférence et l’abandon des valeurs humanistes.

Ce que ça pourrait changer

Cette décision pourrait aggraver les inégalités dans l’accès à l’éducation pour les détenus québécois, tout en sapant la crédibilité des programmes de réinsertion du SCC. Elle interroge aussi sur la place accordée à l’humanisme dans les politiques correctionnelles, alors que les alternatives proposées (comme les cours en ligne) risquent de reproduire les mêmes lacunes sans les bénéfices des interactions en présentiel. Enfin, elle pourrait alimenter des recours juridiques et une remise en question plus large des priorités du système carcéral canadien.

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