Procès : des États américains réclament près de 200 milliards $ à Meta
L'affaire remonte à la plainte déposée par une coalition d'une trentaine d'États en 2023..
Un groupe de quatre États américains (Californie, Colorado, Kentucky et New Jersey) a engagé un procès contre Meta, la maison mère de Facebook et Instagram, accusant le géant des réseaux sociaux d’avoir conçu ses plateformes pour rendre les mineurs dépendants. Ce procès, qui débute le 18 août 2026 à Oakland (près de San Francisco), pourrait aboutir à une amende record de près de 200 milliards de dollars. Initialement, les États avaient évoqué un montant théorique bien plus élevé, soit 1 400 milliards de dollars, une somme quasi équivalente à la capitalisation boursière totale de Meta (environ 1 500 milliards de dollars). Cependant, Meta a dénoncé ce calcul en soulignant qu’il reposait sur une interprétation abusive des règles, chaque mineur touché étant compté comme une violation distincte. Les États ont finalement précisé qu’ils réclameraient environ 193 milliards de dollars, bien que ce chiffre reste provisoire.
Les procureurs généraux des quatre États accusent Meta d’avoir violé plusieurs lois américaines protégeant la sécurité et la vie privée des enfants en ligne. Selon eux, les fonctionnalités des applications Facebook et Instagram, comme les likes, les notifications constantes et les algorithmes de recommandation, ont été conçues pour maximiser l’engagement des jeunes utilisateurs, au risque de les rendre dépendants. Ces pratiques seraient contraires à des lois fédérales et étatiques visant à protéger les mineurs sur internet. En cas de condamnation, Meta pourrait non seulement devoir payer une amende colossale, mais aussi être contraint de modifier profondément ses applications pour les rendre moins addictives. Le procès, prévu jusqu’à fin septembre 2026, sera jugé par un jury fédéral, avec la juge Yvonne Gonzalez Rogers comme seule décisionnaire finale.
Un ancien employé de Meta, Arturo Bejar, joue un rôle clé dans cette affaire en tant que lanceur d’alerte. Il a déjà témoigné devant le Sénat américain et lors de précédents procès perdus par Meta en 2026 (notamment à Los Angeles et au Nouveau-Mexique). Meta avait tenté d’empêcher sa participation à ce nouveau procès en l’accusant d’avoir détruit des preuves, mais la juge a rejeté cette demande. Les avocats des États prévoient d’interroger Bejar pendant trois heures pour recueillir son témoignage sur les pratiques internes de Meta concernant la sécurité des mineurs et ses stratégies de croissance d’audience. Ce témoignage pourrait apporter des éléments cruciaux pour étayer les accusations des États.
Meta rejette catégoriquement les accusations portées contre elle et affirme que ses applications sont conçues pour être sûres et bénéfiques, notamment pour les jeunes utilisateurs. Un porte-parole du groupe a déclaré que Meta était convaincu que les preuves présentées lors du procès démontreraient son engagement de longue date en faveur de la protection des jeunes. Cependant, l’entreprise se prépare à un procès qui pourrait durer six semaines, avec des arguments présentés dès le 18 août 2026. Meta compte sur ses avocats pour défendre ses pratiques et contester les calculs des États, tout en soulignant que ses plateformes comptent plus de 3,6 milliards d’utilisateurs dans le monde, dont une part importante de mineurs.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre les géants des réseaux sociaux et les autorités américaines. En 2023, une coalition d’une trentaine d’États avait déjà déposé une plainte contre Meta pour les mêmes motifs. Depuis, plusieurs condamnations ont été prononcées à l’encontre de l’entreprise, comme une amende de plus d’un milliard de dollars au Nouveau-Mexique et une autre de 375 millions de dollars pour avoir mis des enfants en danger. Ces affaires reflètent une prise de conscience croissante des risques liés aux réseaux sociaux pour les jeunes, notamment en matière de santé mentale, de vie privée et de dépendance. Le procès en cours pourrait donc établir un précédent juridique majeur pour la régulation des plateformes numériques aux États-Unis.

