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Thomas Hobbes au pouvoir : l'homme est-il un loup pour l'homme ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 20 j

Marqué par les conflits de son époque, Thomas Hobbes ferait de la sécurité et de la paix civile ses priorités. Renforcer l’autorité de l’État, garantir l’application des lois, prévenir les violences : jusqu’où irait-il pour protéger les citoyens, et quelle place laisserait-il à leurs libertés ?.

Hobbes et son époque

Thomas Hobbes (1588–1679) est un philosophe anglais marqué par les violences de son temps, notamment la guerre civile anglaise (1642–1651) et les conflits religieux. Ces événements ont profondément influencé sa réflexion sur la nécessité d’un ordre politique stable pour éviter le chaos. Hobbes a vécu une période où les institutions traditionnelles étaient ébranlées, ce qui l’a conduit à s’interroger sur les fondements de la société et du pouvoir. Son œuvre majeure, Leviathan (1651), publiée en pleine guerre civile, propose une vision pessimiste de la nature humaine, où les individus, guidés par leurs désirs et leurs rivalités, sont prêts à tout pour satisfaire leurs besoins, y compris à recourir à la violence.

L'homme, un loup ?

La célèbre phrase de Hobbes « L’homme est un loup pour l’homme » (Homo homini lupus) résume sa vision de la nature humaine. Selon lui, sans un cadre politique fort, les êtres humains sont condamnés à vivre dans un état de guerre permanente, où chacun cherche à dominer l’autre pour assurer sa survie. Cette idée repose sur l’égalité fondamentale entre les individus : tous ont les mêmes capacités et les mêmes désirs, ce qui crée une compétition inévitable. Hobbes ne prétend pas que les humains sont naturellement méchants, mais qu’ils agissent de manière rationnelle pour protéger leurs intérêts, même si cela conduit à des conflits. Cette vision s’oppose à celle d’autres penseurs, comme Rousseau, qui voient l’homme comme naturellement bon.

L'État comme rempart

Pour Hobbes, la paix sociale ne peut être garantie que par un État puissant, capable d’imposer des règles strictes et de faire respecter la loi. Cet État, qu’il appelle le Leviathan (un monstre biblique symbolisant l’autorité absolue), doit détenir le monopole de la violence légitime pour éviter que les individus ne se fassent justice eux-mêmes. L’objectif est de remplacer l’état de nature, où la vie est « solitaire, pauvre, méchante, brutale et courte », par un état civil où la sécurité est assurée. Cependant, cette solution soulève une question cruciale : jusqu’où l’État peut-il aller dans la restriction des libertés individuelles pour garantir la sécurité ? Hobbes défend l’idée que la sécurité prime sur la liberté, car sans sécurité, aucune liberté n’est possible.

Sécurité vs liberté

Hobbes considère que la peur de la mort violente est le moteur principal de l’obéissance aux lois. Pour lui, les citoyens acceptent de renoncer à une partie de leurs libertés en échange de la protection de l’État. Cette vision implique que l’ordre politique repose sur un équilibre fragile entre sécurité et liberté. Si l’État devient trop autoritaire, il risque de créer un climat de terreur qui mine la confiance des citoyens. À l’inverse, s’il est trop faible, il ne peut empêcher le retour au chaos. Hobbes ne rejette pas totalement la démocratie, mais il estime que celle-ci ne peut fonctionner que si les citoyens reconnaissent la nécessité d’un pouvoir fort pour éviter les conflits.

Actualité de Hobbes

La pensée de Hobbes reste d’une actualité frappante, notamment dans les débats contemporains sur la sécurité, la surveillance de masse et les limites de l’État. Ses réflexions sur la guerre civile, les conflits armés et la violence politique trouvent un écho dans les crises modernes, comme les guerres en Ukraine ou au Moyen-Orient. Hobbes nous invite à réfléchir sur la manière dont les sociétés gèrent les tensions entre sécurité et liberté, et sur le rôle de l’État dans la prévention des violences. Son approche soulève des questions toujours pertinentes : jusqu’où un gouvernement peut-il aller pour protéger ses citoyens ? Peut-on concilier sécurité et respect des droits fondamentaux ?

Un philosophe voyageur

Hobbes n’était pas seulement un théoricien : c’était aussi un voyageur et un observateur attentif de son époque. Il a parcouru l’Europe, rencontré des savants et des intellectuels, et a été témoin des bouleversements politiques de son temps. Cette expérience a nourri sa réflexion sur la nature humaine et les mécanismes du pouvoir. Son parcours montre que la philosophie n’est pas une discipline abstraite, mais une réflexion ancrée dans le réel, nourrie par l’observation des conflits et des dynamiques sociales. Hobbes a ainsi combiné théorie et pratique pour proposer une vision cohérente de l’ordre politique.

Ce que ça pourrait changer

Luc Foisneau, philosophe politique et directeur de recherche au CNRS, est un spécialiste reconnu de Hobbes. Ses travaux, comme *Hobbes, La vie inquiète* (2016) ou *Hobbes et la toute-puissance de Dieu* (2021), explorent les nuances de la pensée hobbesienne, notamment sa conception de la souveraineté et de la liberté. Foisneau souligne que Hobbes ne défend pas un autoritarisme aveugle, mais une vision pragmatique de l’État comme garant de la paix civile. Pour lui, Hobbes propose une solution réaliste aux conflits humains, même si elle implique des compromis sur les libertés individuelles. Ses analyses aident à comprendre pourquoi Hobbes reste une référence incontournable en philosophie politique.

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