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Culture

Philippe Sands, l’avocat conteur d’histoires 2/5 : Le silence de Léon

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 1 j

Comment un enfant de la classe moyenne londonienne, né dans une famille où l'on ne parlait pas du passé, devient sans le savoir le dépositaire d'une mémoire européenne enfouie..

Un silence familial

Léon Buchholz, né en 1904 à Lemberg (aujourd’hui Lviv en Ukraine) et mort en 1997 à Paris, est le grand-père maternel de Philippe Sands. Issu d’une famille juive de classe moyenne, il a traversé le XXe siècle sans jamais évoquer son passé, même après avoir perdu près de 80 membres de sa famille pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette absence de parole a marqué l’enfance de Philippe Sands, qui passait ses vacances chez ses grands-parents à Paris. Léon Buchholz, bien que présent physiquement, est resté un mystère pour son petit-fils, incarnant le poids d’un silence familial qui a duré des décennies. Son histoire illustre comment des traumatismes historiques peuvent se transmettre de génération en génération, non pas par des mots, mais par l’absence de mots.

L’enfance de Philippe Sands

Philippe Sands est né en 1960 à Londres dans une famille mixte : son père était dentiste anglais et sa mère tenait une librairie de livres anciens pour enfants à Paris. Il a grandi à Hampstead, un quartier aisé de Londres, entre deux cultures. Son enfance a été marquée par l’amour familial, mais aussi par le poids du silence entourant le passé de Léon Buchholz. Cette dualité entre une vie familiale chaleureuse et l’absence de récits sur l’histoire familiale a façonné sa curiosité pour les récits oubliés ou tus. Sands décrit cette période comme un équilibre entre la normalité d’une enfance heureuse et la présence diffuse d’un passé douloureux, jamais nommé.

La révélation du droit

Après des études d’économie, Philippe Sands se tourne vers le droit à Cambridge dans les années 1980. Une révélation survient en 1980 lorsqu’il découvre le droit international, influencé par des professeurs comme Jennings et Eli Lauterpacht. Ce dernier, spécialiste du droit international, joue un rôle clé dans son parcours. Sands passe ensuite une année à Harvard en 1983, où il comprend les liens étroits entre droit et politique. En 1985, il est admis au barreau anglais et se spécialise dans le droit de l’environnement. Son parcours illustre comment une passion pour la justice peut émerger d’une quête personnelle, même sans lien apparent avec son histoire familiale.

Le déclic professionnel

En 1994, Philippe Sands plaide sa première affaire devant la Cour internationale de justice (CIJ) pour les îles Salomon, sur la question de l’illégalité des armes nucléaires. Cette expérience marque le début de sa carrière en droit international. La CIJ est l’organe judiciaire principal des Nations unies, chargé de régler les différends entre États. Sands y défend une cause environnementale et humanitaire, montrant comment le droit peut servir de levier pour protéger des populations et des écosystèmes. Ce procès représente pour lui une étape clé, où il applique ses connaissances juridiques à une cause qui dépasse le cadre strictement professionnel.

Ce que ça pourrait changer

Le silence de Léon Buchholz a indirectement inspiré le travail de Philippe Sands, notamment ses livres comme *Retour à Lemberg* (2017) ou *La Filière* (2020). Ces ouvrages explorent des thèmes comme l’impunité, la mémoire et la transmission des traumatismes historiques. Sands y mêle récit personnel et enquête historique, révélant comment des destins individuels s’inscrivent dans des événements collectifs. Le grand-père, bien que silencieux, est devenu le symbole d’une mémoire européenne enfouie, que Sands a contribué à exhumer. Son histoire montre comment le passé, même tu, peut façonner l’avenir de manière invisible.

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