Loi d’urgence agricole : pourquoi la droite et le centre ne lâchent rien sur les néonicotinoïdes et le stockage de l’eau
La loi d’urgence agricole a été adoptée par le 21 juillet. Elle réaffirme les choix controversés de la loi « Duplomb » de juillet 2025, autorisant certains néonicotinoïdes dangereux et facilitant le stockage de l’eau.
La loi d’urgence agricole, adoptée le 21 juillet 2026, confirme des mesures controversées issues de la loi Duplomb de juillet 2025. Elle facilite le stockage de l’eau pour l’irrigation et autorise temporairement certains néonicotinoïdes, des pesticides jugés dangereux pour les abeilles et l’environnement. Ces dérogations sont limitées à certaines filières agricoles et soumises à l’avis de l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Malgré une forte opposition citoyenne, symbolisée par une pétition signée par 2,5 millions de personnes, et des censures du Conseil constitutionnel, ces dispositions sont maintenues. Le texte illustre une stratégie politique visant à répondre aux revendications des agriculteurs, tout en contournant les normes environnementales.
Depuis 2022, les agriculteurs français dénoncent une perte de compétitivité face à des normes environnementales jugées trop strictes. Un rapport de trois sénateurs (Laurent Duplomb, Daniel Gremillet et Marie-Lise Housseau) met en avant des distorsions de concurrence avec d’autres pays, notamment sur l’usage des pesticides, et une complexité administrative excessive pour les projets de stockage d’eau. La guerre en Ukraine en 2022 a aggravé la situation en faisant exploser les coûts des engrais et des carburants. En 2024, le mouvement des agriculteurs, soutenu par une majorité de Français, cible les normes environnementales, présentées comme un frein à leur activité. Le gouvernement répond par des mesures temporaires, comme la suspension du plan Écophyto, qui vise à réduire l’usage des pesticides.
La droite (Les Républicains) et le centre politique ont fait des revendications agricoles un marqueur électoral clé. Laurent Duplomb, sénateur LR et agriculteur, incarne cette alliance avec la FNSEA, le principal syndicat agricole français. Bien que son influence électorale décline, la FNSEA renforce ses liens avec la droite pour défendre ses intérêts. Les Républicains, en difficulté après les échecs aux présidentielles de 2017 et 2022, misent sur ce thème pour consolider leur électorat rural. Leur ancrage territorial et leur majorité au Sénat (131 sièges sur 348) leur donnent un poids décisif dans l’adoption des lois agricoles, malgré les critiques sur les normes environnementales.
Le Sénat joue un rôle central dans l’adoption des lois agricoles en raison de l’instabilité politique à l’Assemblée nationale. Depuis 2024, cinq gouvernements se sont succédé, fragilisant l’exécutif. Le Sénat, dominé par la droite et le centre, devient un acteur incontournable pour faire adopter des textes. En 2023-2024, près de 30 % des lois définitivement adoptées provenaient de propositions sénatoriales, un record sous la Ve République. Les gouvernements successifs, comme celui de Gabriel Attal ou de François Bayrou, intègrent souvent des sénateurs dans leurs équipes pour faciliter les compromis. Cette dynamique explique la réintroduction de mesures controversées comme celles de la loi Duplomb, malgré les censures du Conseil constitutionnel.
Le gouvernement et la majorité sénatoriale de droite et du centre ont trouvé un terrain d’entente pour faire passer des lois agricoles malgré les oppositions. Par exemple, la loi de finances pour 2026 ou la réforme des retraites de 2023 ont été adoptées grâce à des compromis trouvés au Sénat. Dans le cas de la loi d’urgence agricole de 2026, le gouvernement a accepté d’introduire un avis de l’Anses comme condition pour les dérogations aux néonicotinoïdes. Cette contrainte technique permet de donner une apparence de rigueur scientifique, tout en maintenant les assouplissements demandés par les agriculteurs et leurs alliés politiques. Le texte final est adopté après une commission mixte paritaire, où sénateurs et députés trouvent un accord.

