Pourquoi les Allemands les plus aisés s’expatrient
De plus en plus d’Allemands diplômés et aisés quittent leur pays pour la Suisse, les États-Unis ou le Royaume-Uni. Une tendance documentée par la “Frankfurter Allgemeine Zeitung” et “Die Welt”..
En 2025, l'Allemagne a enregistré un nombre record de départs à l'étranger avec 97 000 expatriations, un chiffre jamais atteint auparavant. Cette tendance touche particulièrement les jeunes diplômés et les ménages aisés, selon les données de la Frankfurter Allgemeine Zeitung et Die Welt. L'économiste Stefan Kolev, de l'université de Magdebourg, explique ce phénomène par un déséquilibre entre ce que les Allemands attendent de leur État (prestations sociales, infrastructures) et ce qu'ils estiment payer en retour (impôts, cotisations). Ce rapport prix-prestations serait devenu défavorable pour une partie de la population, poussant ces individus à chercher des alternatives à l'étranger.
Les Allemands qui quittent le pays sont majoritairement jeunes, diplômés et aisés. Par exemple, Johanna Gollnhofer, une doctorante, a choisi de poursuivre ses études en Suisse plutôt qu'en Allemagne, car son cursus y était entièrement financé, contre seulement 50 % en Allemagne. Une fois ses études terminées, elle a décidé de rester travailler en Suisse. Stefan Kolev, enseignant à l'université, observe que ce sujet est devenu central dans les discussions avec ses étudiants, au point qu'il a consacré un livre à ce phénomène, publié à l'automne 2026. Les experts soulignent que cette fuite des cerveaux aggrave le déficit de main-d'œuvre qualifiée en Allemagne, déjà touché par le vieillissement de sa population.
Les destinations les plus prisées par les Allemands aisés sont la Suisse, les États-Unis et le Royaume-Uni. Ces pays offrent un double avantage : une fiscalité plus attractive et une meilleure qualité de vie par rapport à l'Allemagne. Selon une enquête du portail d'emploi Indeed, 54 % des foyers allemands gagnant plus de 6 000 euros par mois par mois se sont déjà renseignés sur les modalités d'expatriation. Les experts interrogés par Die Welt qualifient cette situation de crise sans précédent des dernières années, soulignant que ces départs ne sont pas compensés par les arrivées de travailleurs étrangers en Allemagne.
Cette tendance a suscité des réactions contrastées en Allemagne. Thorsten Alsleben, patron de l'Initiative Neue Soziale Marktwirtschaft (INSM), un groupe de réflexion économique, a partagé sur le réseau social X l'exemple de cinq familles de son entourage proche partant s'installer à Majorque ou au Portugal. Cette publication a provoqué une polémique, notamment avec Karl Lauterbach, ancien ministre de la Santé (SPD), qui a ironisé sur ces départs en déclarant que l'Allemagne pouvait se passer de ces personnes. Il a ensuite supprimé son message après avoir été critiqué pour ses propos. Le débat reflète les tensions autour de la politique sociale et fiscale allemande, perçue comme un frein à l'attractivité du pays.
L'expatriation des jeunes diplômés et des ménages aisés aggrave les défis démographiques de l'Allemagne, un pays déjà confronté au vieillissement de sa population. Les arrivées de travailleurs étrangers, bien que positives, ne suffisent pas à combler le déficit de main-d'œuvre qualifiée. Selon *Die Welt*, le solde migratoire reste positif uniquement grâce aux arrivées en provenance de pays hors Union européenne. Cette situation menace la compétitivité économique allemande à long terme, car elle prive le pays de compétences essentielles pour innover et maintenir sa croissance.

