Trump veut abroger une loi protégeant les forêts vierges de l'exploitation
Donald Trump vient de planter un sérieux coup de canif dans la protection des forêts encore vierges des États-Unis. Son administration propose d'abroger une règle vieille de vingt-cinq ans qui interdit, sauf exceptions, la construction de routes et l'exploitation forestière dans de vastes zones encore intactes.
Donald Trump, alors président des États-Unis, souhaite abroger une loi fédérale appelée Roadless Rule (règle sur les zones sans routes en français). Cette règle, adoptée en 2001 sous l’administration Clinton, interdit la construction de routes et l’exploitation forestière dans 58,5 millions d’hectares de forêts publiques américaines, principalement en Alaska. Ces zones, appelées forêts vierges (ou wilderness en anglais), sont des espaces naturels protégés où aucune activité industrielle n’est autorisée. L’objectif de cette loi est de préserver la biodiversité, les écosystèmes et les paysages, tout en limitant l’impact humain sur ces milieux fragiles. L’abrogation de cette règle permettrait aux entreprises forestières et minières d’accéder à ces territoires pour y exploiter le bois, les minerais ou d’autres ressources naturelles.
Cette initiative s’inscrit dans une politique plus large de Donald Trump visant à réduire les protections environnementales pour favoriser l’exploitation économique des ressources naturelles. En Alaska, cette mesure est particulièrement soutenue par les élus locaux, notamment le gouverneur républicain Mike Dunleavy, qui y voit une opportunité de créer des emplois et de stimuler l’économie régionale. Les défenseurs de l’environnement, comme l’ONG Earthjustice ou le média Reporterre, dénoncent cette décision, arguant qu’elle menace des écosystèmes uniques et contribue à la crise climatique en réduisant les puits de carbone que représentent ces forêts. Le débat oppose ainsi deux visions : celle d’une exploitation économique immédiate et celle d’une préservation à long terme de la nature.
Les forêts vierges protégées par la Roadless Rule abritent des espèces menacées comme l’ours grizzly, le loup ou le caribou, ainsi que des écosystèmes fragiles comme les tourbières ou les zones humides. Leur exploitation pourrait entraîner une fragmentation des habitats naturels, une baisse de la biodiversité et une augmentation des émissions de CO₂, ces forêts jouant un rôle clé dans la régulation du climat. Par exemple, une étude de l’Université de l’Alaska estime que l’abrogation de la règle pourrait libérer jusqu’à 20 millions de tonnes de CO₂ par an, soit l’équivalent des émissions annuelles de 4 millions de voitures. De plus, ces zones servent de réservoirs d’eau douce et de protection contre les incendies de forêt, des fonctions essentielles pour les populations locales.
L’annonce de Trump a provoqué une vive réaction des défenseurs de l’environnement, qui ont saisi la justice pour bloquer l’abrogation de la loi. En 2020, un tribunal fédéral a temporairement suspendu la mesure, estimant que l’administration n’avait pas respecté les procédures légales. Cependant, le débat reste vif, notamment en Alaska où les communautés autochtones, comme les *Tlingit* ou les *Gwich’in*, s’opposent à l’exploitation de ces terres sacrées pour elles. Ces peuples dépendent des ressources naturelles de ces forêts pour leur subsistance, leur culture et leur mode de vie traditionnel. Le conflit illustre ainsi les tensions entre développement économique, droits des peuples autochtones et préservation de l’environnement.

