La France, le pays de la préférence pour les loisirs?
Le 24 août 2026, à l’occasion de la visite du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, Emmanuel Macron annonce un investissement de 6 milliards d’euros dans trois parcs de loisirs en Île-de-France, censé créer 22 000 emplois. Un projet « sans précédent » depuis Disneyland Paris.
En août 2026, le président Emmanuel Macron annonce la création de trois nouveaux parcs de loisirs en Île-de-France, pour un investissement total de 6 milliards d’euros. Ce projet, qualifié d’historique depuis l’implantation de Disneyland Paris sous François Mitterrand, devrait générer 22 000 emplois directs. Disneyland Paris, ouvert en 1992, a déjà contribué à la création de plus de 80 000 emplois en France. Ces annonces illustrent une politique publique axée sur le développement des loisirs, mais elles interviennent dans un contexte économique marqué par une désindustrialisation importante et une productivité stagnante depuis cinq ans.
La préférence française pour les loisirs remonte à plusieurs décennies. En 1936, le Front Populaire instaure la semaine de 40 heures, puis en 1981, François Mitterrand réduit le temps de travail à 39 heures et instaure une cinquième semaine de congés payés. En 1997, Lionel Jospin fait passer la durée légale du travail à 35 heures (lois Aubry de 1998 et 2000). Ces réformes s’inscrivaient dans une vision où le progrès technologique devait libérer les individus du travail. André Gorz, intellectuel et philosophe, a théorisé cette idée en prônant une société où la libération passe par la réduction du temps de travail plutôt que par le travail lui-même.
Les lois Aubry de 2000 visaient à créer deux millions d’emplois, mais les études ultérieures estiment que seulement entre 100 000 et 400 000 emplois ont été effectivement créés. Ces réformes ont aussi contribué à une désindustrialisation accrue, à un déficit commercial permanent depuis 2003 et à une stagnation de la productivité. Pour atténuer ces effets, l’État a mis en place des exonérations fiscales sur les bas salaires, toujours en vigueur aujourd’hui. Le temps de travail réduit a également désorganisé certains services publics, comme l’hôpital, et intensifié le travail pour les actifs restants.
La réduction du temps de travail n’a pas bénéficié uniformément à tous les Français. Les cadres, souvent soumis à des forfaits jours (un système permettant de travailler plus de 35 heures sans compter les heures supplémentaires), ont davantage profité de ce temps libre que les autres salariés. Les inégalités se sont creusées, avec des rythmes temporels très différents selon les catégories socioprofessionnelles. Par exemple, l’enquête Emplois du temps de l’Insee de 2010 montre que le temps passé avec les enfants n’a augmenté que de 9 minutes par jour pour les pères. Les gagnants de cette politique ont surtout été les secteurs du tourisme, des transports et des médias.
En 2026, le taux d’activité en France s’élève à 69 %, soit huit points de moins que celui de l’Allemagne (77 %). Cette faiblesse s’explique notamment par des taux d’emploi faibles chez les jeunes et les seniors. Le taux d’emploi des plus de 55 ans a progressé grâce aux réformes successives repoussant l’âge légal de départ à la retraite, mais l’arrêt de ces réformes en 2025 risque de freiner cette dynamique. Un taux d’activité plus élevé permettrait de générer entre 100 et 120 milliards d’euros de recettes publiques supplémentaires par an, selon l’économiste Gilbert Cette, ce qui faciliterait la réduction des déficits et le financement des transitions écologique et démographique.
En 2026, la question du travail et de sa place dans la société française est au cœur des débats politiques et intellectuels. Face à des défis majeurs comme le vieillissement démographique, les transitions écologiques et un déficit commercial abyssal, la société française est-elle confrontée à un manque de travail plutôt qu’à un excès de loisirs ? Le travail reste un vecteur essentiel de socialisation, d’émancipation et de participation active à la société. Guy Debord, dans *La Société du spectacle*, souligne comment les loisirs passifs peuvent transformer les individus en spectateurs désengagés. La recherche de sens dans le travail apparaît comme un enjeu central pour l’avenir.

