À chaque vol, les pilotes et hôtesses de l’air reçoivent une dose de rayonnement cosmique : voici ce qu’elle fait à leur santé
À haute altitude, les équipages reçoivent bien davantage de rayonnement cosmique que les personnes restées au sol. Une exposition discrète, mais répétée pendant des années et des milliers d’heures de vol.
Les pilotes et hôtesses de l’air sont exposés à des rayonnements cosmiques pendant leurs vols. Ces rayonnements proviennent de particules énergétiques en provenance de l’espace, comme les rayons cosmiques galactiques ou les éruptions solaires. À haute altitude, l’atmosphère terrestre, qui nous protège habituellement, devient moins efficace pour bloquer ces particules. Ainsi, à 10 000 mètres d’altitude, un passager reçoit environ 0,1 millisievert (mSv) de rayonnement par heure de vol, soit l’équivalent de deux radiographies thoraciques. Pour un équipage effectuant 800 heures de vol par an, cette exposition peut atteindre 2 à 5 mSv/an, soit le double de la dose annuelle moyenne reçue par un individu au sol (1 mSv/an).
L’exposition aux rayonnements cosmiques peut avoir des conséquences sur la santé des personnels navigants. Les rayons cosmiques sont classés comme cancérogènes possibles par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Une étude publiée en 2023 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a montré que les pilotes et hôtesses présentent un risque accru de 10 à 20 % de développer certains cancers, notamment ceux du sein, de la peau ou du cerveau, par rapport à la population générale. Les femmes enceintes sont particulièrement vulnérables, car ces rayonnements peuvent affecter le développement du fœtus. Cependant, les risques restent modérés et dépendent de la durée et de la fréquence des vols.
Face à ces risques, des organismes comme l’Agence européenne de sécurité aérienne (AESA) et l’Agence fédérale pour la protection de l’environnement (EPA) aux États-Unis imposent des limites d’exposition pour les personnels navigants. En Europe, la dose maximale annuelle autorisée est fixée à 6 mSv pour les femmes en âge de procréer et à 20 mSv pour les autres travailleurs, contre 1 mSv pour le grand public. Pour réduire l’exposition, les compagnies aériennes ajustent les trajectoires des vols en fonction de l’activité solaire et limitent le nombre d’heures de vol des équipages. Certaines utilisent également des écrans de protection dans les cockpits, bien que leur efficacité reste limitée.
Les personnels navigants font partie des professions les plus exposées aux rayonnements ionisants, aux côtés des travailleurs du nucléaire ou des radiologues. Par exemple, un radiologue reçoit en moyenne 0,5 mSv par an, soit bien moins que les 2 à 5 mSv des équipages aériens. En revanche, les astronautes sont exposés à des doses bien plus élevées, pouvant atteindre 50 mSv par mission en raison de l’absence d’atmosphère protectrice. Les études montrent que les risques pour les pilotes et hôtesses restent bien inférieurs à ceux des astronautes, mais supérieurs à ceux de la plupart des autres métiers.
Pour les passagers occasionnels, l’exposition aux rayonnements cosmiques lors d’un vol est généralement négligeable. Par exemple, un vol Paris-New York (environ 7 heures) expose à une dose de 0,7 mSv, soit moins que la dose annuelle naturelle moyenne en France (2,4 mSv). Les femmes enceintes ou les personnes soucieuses de limiter leur exposition peuvent privilégier les vols de jour, car l’activité solaire est moins intense en journée. Aucune recommandation officielle n’existe pour éviter les vols, mais les compagnies aériennes surveillent désormais les niveaux de rayonnement et adaptent leurs itinéraires en conséquence.

