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Un étage de fusée SpaceX va percuter la Lune… Un accident qui pose déjà des questions de droit spatial

The Conversation France · mis à jour 29 juil.

Personne ne possède la Lune, mais qui protège son environnement ? Trevor Mahlmann / Firefly Aerospace L’ESSENTIEL Un étage de fusée SpaceX va s’écraser sur la Lune, offrant aux scientifiques une occasion rare d’étudier la formation des cratères. Il n’existe pratiquement aucun cadre international pour coordonner les activités susceptibles de modifier l’environnement de la Lune.

Un étage de fusée

Le 5 août 2026, un étage de fusée abandonné de l'entreprise SpaceX devrait s’écraser sur la Lune à une vitesse de 8 700 km/h. Cet étage, lancé en janvier 2025, avait pour mission d’envoyer deux atterrisseurs lunaires commerciaux vers notre satellite naturel. Une fois sa mission terminée, il ne disposait plus de suffisamment de carburant pour revenir sur Terre ou s’éloigner dans l’espace profond. Il est donc resté sur une orbite instable, jusqu’à ce que la gravité lunaire le place sur une trajectoire de collision avec la surface lunaire. Cet impact, bien que sans danger pour les humains, soulève des questions importantes sur la gestion des activités spatiales et leur impact sur l’environnement lunaire.

Une opportunité scientifique

Pour les astronomes, cet accident représente une opportunité scientifique rare. En connaissant la taille de l’étage de fusée, sa vitesse et la zone d’impact, les chercheurs pourront étudier précisément les effets d’une collision sur la Lune. L’impact devrait creuser un cratère d’environ 20 à 30 mètres de diamètre et projeter un nuage de poussière lunaire, appelée régolithe, à plusieurs kilomètres au-dessus de la surface. Ces données permettront d’améliorer les modèles informatiques décrivant la formation des cratères et le comportement de la poussière lunaire, ce qui est crucial pour les futures missions spatiales.

Traces permanentes sur la Lune

Contrairement à la Terre, la Lune ne possède pas d’atmosphère ni de phénomènes météorologiques capables d’effacer les traces laissées par l’humanité. Plus de 50 ans après les missions Apollo, les empreintes des astronautes et les équipements abandonnés sont toujours visibles. Les conséquences d’un impact ou d’un accident sur la Lune peuvent donc subsister pendant des milliers d’années. Cela pose un défi en termes de préservation du patrimoine lunaire, car toute dégradation pourrait être irréversible et affecter la mémoire collective de l’humanité.

Activités lunaires en hausse

Plusieurs pays et entreprises privées prévoient d’établir des stations scientifiques permanentes sur la Lune ou d’y exploiter des ressources. Des entreprises comme SpaceX espèrent y acheminer du matériel, explorer les ressources lunaires, ou encore installer des satellites de communication en orbite lunaire. À mesure que ces activités se multiplient, le risque de conflits ou d’accidents involontaires augmente. Par exemple, un nuage de poussière lunaire projeté à très grande vitesse pourrait endommager des équipements ou contaminer des expériences scientifiques.

Patrimoine lunaire menacé

La Lune abrite des sites d’importance historique ou scientifique, comme les modules lunaires des missions Apollo ou les empreintes des premiers astronautes. Si une mission mal préparée venait à effacer ces traces ou à endommager un équipement, ce serait une perte patrimoniale pour toute l’humanité. Heureusement, l’impact de l’étage de fusée de SpaceX devrait se produire près du cratère Einstein, une zone isolée et éloignée des sites les plus importants. Cependant, cette situation met en lumière l’absence de protection juridique pour ces sites.

Droit spatial insuffisant

Le Traité de l’espace de 1967, ratifié par 138 États, interdit toute appropriation de la Lune par un pays, mais il reste vague sur la gouvernance des activités lunaires. Aucun cadre international ne permet de coordonner les actions qui modifient durablement l’environnement lunaire. Contrairement à la Terre, la Lune ne bénéficie ni de protection du patrimoine mondial de l’Unesco ni de réglementation environnementale. Chaque État est responsable des activités de ses entreprises spatiales, mais cela ne suffit pas à éviter les conflits ou les accidents.

Risques juridiques et financiers

Les accidents sur la Lune pourraient exposer une entreprise comme SpaceX à des responsabilités financières importantes, avec des risques juridiques associés. Les dommages causés à des équipements ou à des bases lunaires pourraient se chiffrer en millions de dollars. Des décès accidentels pourraient engager une responsabilité pénale, tandis que la dégradation de sites patrimoniaux pourrait provoquer des incidents diplomatiques entre États. Pourtant, il n’existe aucune procédure internationale pour décider si, quand et où de tels changements devraient être autorisés.

Solutions en discussion

Le Bureau des Nations unies pour les affaires spatiales (UNOOSA) et le Comité des utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique travaillent sur des pistes pour mieux encadrer les activités lunaires. Une solution proposée est la création d’un registre lunaire où les États déclareraient leurs activités prévues, leurs infrastructures et les sites à valeur patrimoniale. Un autre outil envisagé est un système d’avis aux opérateurs lunaires, similaire aux Messages aux navigants en aviation ou aux Groupes d’avis aux navigateurs en transport maritime. Ces dispositifs permettraient de signaler les dangers et les activités avant le lancement des missions.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs acteurs appellent à l’organisation d’une quatrième *Conférence des Nations unies sur l’espace extra-atmosphérique* pour concevoir ensemble de nouveaux outils de coordination. L’objectif est de combler le retard du cadre juridique face à l’accélération des activités lunaires. L’UNOOSA, qui ne dispose que d’une quarantaine d’employés pour un mandat mondial, et le Comité des utilisations pacifiques de l’espace, qui ne se réunit que quelques semaines par an, peinent à suivre le rythme des investissements privés dans la course à la Lune. Pourtant, des solutions existent déjà dans le *Traité de l’espace* de 1967, mais leur mise en œuvre reste insuffisante.

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