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Société

Comment Israël utilise l'archéologie pour renforcer sa colonisation de la Cisjordanie

Slate FR · mis à jour il y a 9 h

L'inscription récente d'un site palestinien à l'Unesco intervient alors que l'archéologie occupe une place croissante dans la politique israélienne de colonisation dans les Territoires palestiniens occupés..

Conflit autour de Sebastia

En juillet 2026, l'UNESCO inscrit le village palestinien de Sebastia, en Cisjordanie, sur sa liste du patrimoine mondial en péril. Cette décision, qui reconnaît l'importance historique du site couvrant des périodes allant du IXe siècle avant notre ère à l'époque ottomane, est perçue comme une menace par Israël. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou, dirigé par le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa'ar, dénonce une réécriture de l'histoire et une instrumentalisation du patrimoine. Sebastia, située en zone C sous contrôle israélien, est au cœur de tensions entre les autorités palestiniennes, qui souhaitent préserver son intégrité, et Israël, qui projette des aménagements comme la création d'un parc national. Ces projets, financés à hauteur de 31,8 millions d'euros, pourraient renforcer le contrôle israélien sur le site et dissocier l'acropole antique du village palestinien actuel.

Financements archéologiques controversés

Le 30 juillet 2026, Israël annonce l'allocation de 112 millions de shekels (31,8 millions d'euros) pour restaurer et développer des sites archéologiques en Cisjordanie, y compris dans des zones théoriquement sous l'autorité palestinienne. Selon le quotidien israélien Haaretz, ces financements pourraient accroître le contrôle israélien sur le terrain, notamment en zone A, une première historique. Cette décision s'inscrit dans une stratégie plus large de développement archéologique, mais elle suscite des inquiétudes quant à son impact sur la protection du patrimoine et les relations avec les Palestiniens. Brian Boyd, archéologue à l'université Columbia, souligne que cette augmentation des financements est étroitement liée au projet d'expansion des colonies israéliennes, porté par des courants ultranationalistes.

Projet de loi controversé

En mai 2026, la Knesset israélienne adopte en première lecture un projet de loi visant à créer une Autorité du patrimoine de Judée-Samarie, placée sous l'autorité du ministère israélien du Patrimoine. Cette nouvelle instance aurait pour mission de gérer les sites archéologiques de Cisjordanie avec des pouvoirs étendus : conduite de fouilles, aménagement des sites, expropriation de terrains, et administration générale. Le texte, critiqué par des archéologues et par l'Autorité israélienne des antiquités (IAA), a finalement été suspendu début juin 2026. Il reflète une volonté de renforcer le contrôle israélien sur le patrimoine historique de la région, au détriment des autorités palestiniennes.

Archéologie et colonisation

Depuis 1967 et l'occupation de la Cisjordanie, Israël contrôle l'ensemble des sites archéologiques de ce territoire. Leur gestion est assurée par une administration civile israélienne, et les fouilles ou aménagements sont souvent orientés vers la promotion d'un récit historique juif. Des organisations comme Emek Shaveh, une ONG israélienne fondée en 2009 par des archéologues, dénoncent l'utilisation de l'archéologie pour justifier l'établissement d'Israël comme foyer national juif, tout en ignorant le lien historique des Palestiniens avec cette terre. Chemi Shiff, directeur de recherche au sein d'Emek Shaveh, explique que les décisions sur les fouilles ou la préservation des sites sont des décisions politiques qui servent à légitimer le déplacement des habitants palestiniens.

Exemples emblématiques

Plusieurs sites archéologiques en Cisjordanie sont devenus des symboles de la colonisation israélienne. À Tel Shiloh, au nord de Ramallah, les fouilles israéliennes depuis 1981 ont révélé des vestiges couvrant 4 000 ans d'histoire, mais le site est aménagé autour du récit biblique du Tabernacle, où aurait été abritée l'Arche d'alliance. Son développement est confié au conseil régional de Mateh Binyamin, qui administre plusieurs colonies. À Jérusalem-Est, la Cité de David est gérée depuis 1997 par Elad, une organisation de colons fondée en 1986, qui finance des fouilles et développe des infrastructures touristiques pour renforcer la présence juive à Silwan, un quartier palestinien.

Ce que ça pourrait changer

Depuis octobre 2023, plus d'une centaine de sites historiques ont été détruits dans la bande de Gaza, selon une lettre ouverte publiée en septembre 2025 par des archéologues israéliens et palestiniens. Parmi les destructions figure celle d'un entrepôt archéologique de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem. Les signataires de la lettre rappellent que le patrimoine de la Palestine et de la Terre d'Israël appartient à tous les habitants de cette terre, qu'ils soient musulmans, chrétiens ou juifs, et appellent à sa préservation dans toute sa diversité pour les générations futures.

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