Comment Israël utilise l'archéologie pour renforcer sa colonisation de la Cisjordanie
L’archéologie en Cisjordanie n’est plus seulement une discipline scientifique, mais un outil géopolitique au service de la colonisation israélienne. Entre instrumentalisation des sites historiques, financements massifs et réécriture des récits nationaux, Israël mobilise le patrimoine pour légitimer son contrôle territorial, au mépris des revendications palestiniennes et des normes internationales. Cette stratégie, qui s’accélère depuis 2023, révèle une volonté de transformer l’histoire en arme de domination, tout en sapant les fondements mêmes de la préservation culturelle partagée.
Comment Israël utilise-t-il l’archéologie pour renforcer sa présence en Cisjordanie ?
Israël combine plusieurs leviers : des financements publics massifs pour des projets archéologiques (112 millions de shekels, soit 31,8 millions d’euros, annoncés en juillet 2026), la création d’institutions dédiées comme une « Autorité du patrimoine de Judée-Samarie » sous contrôle ministériel, et l’aménagement de sites bibliques en lieux emblématiques du mouvement des colons. Ces actions visent à dissocier les vestiges archéologiques des villages palestiniens actuels, tout en imposant une narration historique exclusive, centrée sur le récit biblique juif.
Quels acteurs israéliens portent cette stratégie et quels sont leurs liens avec l’extrême droite ?
Le gouvernement de Benyamin Netanyahou, soutenu par des partis ultranationalistes comme Otzma Yehudit, impulse cette politique. Le ministre du Patrimoine, Amichai Eliyahu, a par exemple fait annuler des conférences archéologiques en ciblant des chercheurs critiques, tandis que des organisations de colons comme Elad gèrent des sites majeurs (ex. Cité de David). Ces acteurs instrumentalisent l’archéologie pour justifier l’annexion de facto, en collaboration avec l’Administration civile israélienne et des institutions comme l’Autorité des antiquités d’Israël.
Pourquoi l’inscription de Sebastia au patrimoine mondial de l’UNESCO en juillet 2026 a-t-elle déclenché une crise politique en Israël ?
Israël a dénoncé une « réécriture de l’histoire » et une « décision politique » de l’UNESCO, car l’inscription de ce village palestinien renforce le rôle des autorités palestiniennes dans la gestion du site, situé en zone C sous contrôle israélien. Les projets israéliens de « développement » (32 millions de shekels évoqués) risquent d’être contestés, tandis que Sebastia incarne une histoire plurimillénaire que le gouvernement cherche à contrôler unilatéralement, notamment via des classements en parcs nationaux.
Quel rôle jouent les archéologues israéliens critiques face à cette instrumentalisation ?
Des collectifs comme Emek Shaveh, dirigé par Chemi Shiff, documentent et dénoncent l’utilisation politique de l’archéologie, soulignant que les fouilles et les récits historiques sont biaisés pour effacer la présence palestinienne. Ces chercheurs, souvent marginalisés ou boycottés, alertent sur le fait que les financements et les choix scientifiques servent à légitimer l’expansion coloniale et l’expropriation des terres, notamment après le 7 octobre 2023 où la dynamique s’est accélérée.
Ce que ça pourrait changer
Cette stratégie archéologique pourrait radicaliser les tensions autour du patrimoine culturel en Cisjordanie, en normalisant l’annexion de fait des territoires palestiniens sous couvert de préservation. À moyen terme, elle risque de saper les efforts de dialogue historique et de renforcer les divisions communautaires, tout en exposant Israël à des condamnations internationales accrues pour violation des conventions de l’UNESCO. La destruction de sites à Gaza en 2025 montre par ailleurs que cette logique s’étend à l’ensemble du territoire palestinien, avec des conséquences irréversibles sur la mémoire collective.

