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Mort par surmenage : le très dangereux retour en arrière du Japon

Presse-Citron · mis à jour 1 sept.

Face à une pénurie de main-d’œuvre historique, le Japon lève le pied sur le contrôle des heures supplémentaires et fait vaciller 10 ans de lutte contre le surtravail. Un virage économique très controversé qui ravive le spectre du karoshi, la mort par épuisement professionnel..

Nouvelle flexibilité heures

Le Japon a annoncé la fin des pressions administratives visant à limiter les heures supplémentaires à 45 heures par mois dans les entreprises. Jusqu’ici, malgré des dérogations possibles, les inspecteurs du travail incitaient fortement à respecter ce plafond. Désormais, l’État réduit ses contrôles, offrant plus de flexibilité aux employeurs. Cette décision s’inscrit dans un contexte de pénurie historique de main-d’œuvre, liée au vieillissement démographique de l’archipel. Selon la Chambre de commerce et d’industrie du Japon, près de 20 % des PME étaient paralysées par cette rigidité, notamment dans des secteurs sous tension comme le BTP, l’hôtellerie ou les transports, où les retards de livraison et les pertes d’exploitation se multipliaient.

Contexte politique

Cette mesure est portée par la Première ministre Sanae Takaichi, connue pour son discours prônant un investissement personnel sans limite dans le travail comme levier de croissance économique. Elle a elle-même déclaré ne dormir que entre 0 et 3 heures par nuit, illustrant une culture du surtravail qui persiste au plus haut niveau de l’État. Cette politique marque un virage à 180 degrés par rapport aux années précédentes, où le Japon tentait de lutter contre les excès du karoshi, un phénomène bien ancré dans la société nippone.

Origines du karoshi

Le terme karoshi (littéralement mort par surmenage) a été inventé dans les années 1980 pour désigner les décès directement causés par un épuisement professionnel extrême. Ces morts incluent les crises cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou les suicides liés à un stress ou une charge de travail insoutenable. En 2025, le Japon a enregistré un record de 6 212 demandes d’indemnisation pour des maladies ou des décès attribués au travail, confirmant l’ampleur du problème. Ce phénomène a choqué l’opinion publique après le suicide en 2015 de Matsuri Takahashi, une employée de 24 ans ayant effectué plus de 100 heures supplémentaires par mois chez Dentsu, une agence de publicité.

Réforme de 2019

Face à l’ampleur du karoshi et à la pression sociale, le Japon a adopté en 2018 la loi de la « Réforme du style du travail », entrée en vigueur en 2019. Cette réforme a instauré pour la première fois un plafond légal d’heures supplémentaires, fixé à 45 heures par mois en principe, avec des dérogations possibles. L’objectif était de briser la culture du surtravail et de protéger la santé des salariés. Cependant, cette loi est aujourd’hui remise en cause par la nouvelle politique gouvernementale, qui assouplit les contrôles et risque de faire reculer les avancées réalisées.

Ce que ça pourrait changer

La décision du gouvernement divise. D’un côté, les **syndicats** et les **juristes** dénoncent un **retour en arrière dangereux**, craignant une résurgence du *karoshi* et une dégradation des conditions de travail. De l’autre, les **entreprises**, notamment les PME, saluent cette flexibilité accrue, essentielle pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre. Le Japon, confronté à un **vieillissement démographique sans précédent**, cherche un équilibre entre croissance économique et protection des salariés, dans un contexte où la pression sur les travailleurs reste forte.

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