En campagne 3/4 : Des journalistes pris dans la nasse
2017, rien ne se passa comme prévu. Hollande.
En 2017, l'élection présidentielle française oppose quatre principaux candidats : François Hollande (président sortant ne se représentant pas), François Fillon (vainqueur surprise de la primaire de droite), Benoît Hamon (surprise de la primaire de gauche) et Emmanuel Macron (ancien ministre ayant quitté le gouvernement pour créer son propre mouvement, En Marche!). Marine Le Pen, candidate du Rassemblement National, se qualifie pour le second tour face à Macron, marquant une évolution par rapport au barrage républicain de 2002 où elle avait été battue dès le premier tour. Cette campagne est marquée par une forte médiatisation des sondages, qui influencent à la fois les stratégies des candidats et les choix éditoriaux des rédactions. Sophie de Ravinel, ancienne journaliste au Figaro, souligne que les candidats et leurs équipes suivent « tous les yeux rivés sur les sondages », tout comme les médias qui ajustent leurs couvertures en fonction de ces données.
Le 25 janvier 2017, le Canard Enchaîné révèle que l'épouse de François Fillon, Pénélope, a perçu des salaires élevés pour des emplois présumés fictifs. Cette révélation déclenche une crise majeure pour le candidat, qui dénonce une « cabale médiatique » et accuse les journalistes de partialité. Guillaume Goubert, ancien directeur de la publication de La Croix, qualifie cette affaire de « choc » pour les rédactions, dans un contexte où le populisme gagne du terrain. Ariane Chemin, journaliste au Monde, y voit le début d'une période où les candidats se présentent comme des « victimes d'un système médiatique », un phénomène qu'elle associe au développement du complotisme. Fillon est finalement condamné en première instance le 29 juin 2020 à cinq ans de prison (dont deux ferme), 375 000 € d'amende et dix ans d'inéligibilité. En appel, le 17 juin 2025, sa peine est réduite à quatre ans avec sursis, 375 000 € d'amende et cinq ans d'inéligibilité. Il se désiste de son pourvoi en cassation le 16 février 2026, rendant sa condamnation définitive.
Les médias sont au cœur des tensions de cette campagne, accusés à la fois de façonner l'opinion publique via les sondages et de servir de boucs émissaires aux candidats en difficulté. Guillaume Goubert explique que l'affaire Pénélope Fillon a révélé une « forme de populisme » où les responsables politiques rejettent la responsabilité des scandales sur les journalistes. Ariane Chemin note que cette dynamique s'est amplifiée avec le temps, les candidats présentant les médias comme un « système » à abattre. Ellen Salvi, journaliste à Mediapart, critique par ailleurs la production médiatique traditionnelle, estimant qu'elle ne correspond plus aux attentes des citoyens. Elle souligne que l'abstention progresse malgré un intérêt marqué des Français pour la politique, pointant un « signal d'alerte » sur l'éloignement des citoyens de la vie démocratique.
Plusieurs affaires judiciaires marquent également cette période. Nicolas Sarkozy est condamné le 25 septembre 2025 à cinq ans de prison ferme, 100 000 € d'amende et une interdiction de ses droits civiques dans l'affaire du financement libyen présumé de sa campagne de 2007. Son procès en appel se tient du 16 mars au 27 mai 2026, avec un délibéré attendu le 30 novembre 2026. Marine Le Pen, quant à elle, est déclarée coupable le 7 juillet 2026 de détournement de fonds publics et de complicité dans l'affaire des assistants parlementaires européens du Rassemblement National. Sa peine d'inéligibilité est réduite en appel et considérée comme déjà purgée, lui permettant de se présenter à l'élection présidentielle de 2027. Dix autres élus du RN sont également condamnés, et une amende de deux millions d'euros est prononcée contre le parti. Ces affaires illustrent une période où les candidats et leurs partis sont fortement exposés aux enquêtes judiciaires.
Les journalistes soulignent une difficulté croissante à couvrir la politique de manière neutre et efficace. Ellen Salvi regrette que les rédactions « produisent la même information » malgré l'évolution des attentes des citoyens. Elle explique que les Français restent « très politisés », mais que leur désintérêt grandit face à un traitement médiatique perçu comme répétitif ou déconnecté. Cette critique s'ajoute aux défis posés par le populisme et les attaques contre les médias, qui complexifient le travail des journalistes. Les intervenants cités, issus de titres comme *Le Monde*, *Mediapart*, *La Croix* ou *Libération*, illustrent cette diversité de perspectives et les tensions internes aux rédactions. Le documentaire met en lumière les défis structurels et éthiques auxquels sont confrontés les professionnels de l'information en période électorale.

