Pillages du 17 octobre : peut-on vraiment identifier un casseur qui portait des gants et une cagoule
Les gants protègent mieux que la cagoule. Deux études montrent que l’ADN passe mal à travers un gant, mais qu’un masque abandonné livre un profil complet dans la majorité des cas.
Une étude menée par Lorena Carrara et son équipe de l’Université de Lausanne et du Centre universitaire romand de médecine légale a testé l’efficacité des gants pour éviter de laisser des traces d’ADN lors d’un cambriolage. Dans leur expérience, dix volontaires ont ouvert une porte à mains nues pendant soixante secondes, puis ont touché des surfaces. Moins de la moitié des poignées ont livré un profil génétique exploitable, et seulement trois sur dix ont permis d’identifier clairement le volontaire comme contributeur principal. Lorsque les mêmes gestes ont été reproduits avec des gants portés par une autre personne, l’ADN de cette dernière n’a jamais été retrouvé sur les poignées. Cela montre que les gants bloquent efficacement la transmission de l’ADN, mais qu’un mélange d’ADN peut tout de même apparaître si les gants sont contaminés par d’autres sources. L’étude souligne que chercher l’ADN d’un casseur ganté sur une poignée ou un objet est donc peu probable de donner des résultats concluants.
Une autre étude, réalisée par Salem Alketbi (police de Dubaï et University of Central Lancashire) et Will Goodwin (University of Central Lancashire), s’est concentrée sur les cagoules abandonnées lors de vols. Les chercheurs ont analysé 50 masques saisis dans de vraies affaires de vol. Tous les masques ont livré un profil génétique, qu’il soit complet ou partiel. Avec un ruban adhésif appliqué sur la face interne du masque, 27 % des échantillons ont donné un profil génétique simple complet, et 57 % un profil génétique mixte complet. L’écouvillon de coton, méthode traditionnelle de prélèvement, s’est révélé moins efficace. Ces résultats montrent que les objets portés près du visage, comme les cagoules, sont des sources majeures de traces génétiques exploitables pour les enquêtes. Un masque jeté dans une poubelle à proximité d’une scène de crime peut donc fournir des indices précieux pour identifier un suspect.
Les deux études comportent des limites importantes à prendre en compte. L’étude suisse sur les gants a été menée avec seulement dix volontaires, dans des bureaux et sur un seul type de surface, ce qui ne reflète pas toutes les situations réelles de cambriolage. De plus, elle ne teste pas l’impact de différents types de gants ou de surfaces. L’étude émiratie sur les cagoules, quant à elle, n’a porté que sur des masques chirurgicaux jetables, sans connaître leur durée de port ni leur état d’usure. Les deux équipes appellent à élargir leurs essais pour confirmer leurs conclusions. Ces limites rappellent que les résultats ne sont pas universels et que chaque scène de crime doit être analysée au cas par cas.
Les études soulignent un point crucial pour les enquêtes judiciaires : un profil génétique identifie une personne, mais ne prouve pas nécessairement son implication dans un acte criminel. Par exemple, la présence de l’ADN d’un individu sur un masque abandonné ne signifie pas qu’il l’a porté ou jeté. Les experts recommandent donc d’analyser l’activité présumée du suspect en comparant les versions de l’accusation et de la défense. Cela permet d’éviter les erreurs d’interprétation et de garantir une enquête équitable. En résumé, l’ADN est un outil puissant, mais il doit être utilisé avec prudence et dans un cadre juridique strict.
Les résultats de ces études invitent les enquêteurs à adapter leurs méthodes de prélèvement sur les scènes de crime. Les objets portés près du visage, comme les cagoules, les masques ou les bonnets, doivent être prioritaires dans les investigations. En revanche, les surfaces fréquemment touchées, comme les poignées de porte ou les étagères, sont moins susceptibles de fournir des traces exploitables si les suspects portaient des gants. Les experts recommandent également de privilégier des techniques de prélèvement adaptées, comme l’utilisation d’un ruban adhésif sur la face interne des masques, plutôt que des écouvillons classiques. Ces ajustements pourraient améliorer l’efficacité des enquêtes et augmenter les chances d’identifier les auteurs de délits.

