Après la condamnation d’Assad, “la véritable épreuve commence” pour la justice syrienne
La condamnation à mort par contumace de l’ex-dictateur syrien Bachar El-Assad a suscité des scènes de liesse dans plusieurs villes du pays, où beaucoup y voient une première étape vers la justice pour les victimes de l’ancien régime. Certains dénoncent néanmoins un procès expéditif, susceptible d’affaiblir le processus de justice transitionnelle vanté par le pouvoir..
Le 11 août 2026, un tribunal syrien a condamné à mort par contumace l'ex-dictateur Bachar El-Assad, ainsi que d'autres figures de l'ancien régime, pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Le terme contumace signifie que la condamnation est prononcée alors que l'accusé n'est pas présent physiquement lors du procès, souvent parce qu'il est en fuite ou réfugié à l'étranger. Cette décision a été rendue par la quatrième chambre criminelle de Damas, la capitale syrienne. Le verdict a été accueilli avec des scènes de liesse par des proches de victimes et des civils dans plusieurs villes du pays, dont Damas et Deraa. Des portraits de proches disparus ou tués sous le régime ont été brandis devant le tribunal, illustrant l'émotion et l'espoir de justice des Syriens.
Si la condamnation a suscité des cris de joie et des slogans révolutionnaires, elle a aussi soulevé des questions sur la nature de la justice rendue. Certains observateurs soulignent que ce procès, bien que symbolique, pourrait être perçu comme expéditif, c'est-à-dire trop rapide ou incomplet pour répondre pleinement aux attentes des victimes. Sur les réseaux sociaux, le verdict est présenté comme une transition vers une justice institutionnelle, marquant la fin de l'impunité (le fait de ne pas être puni pour ses crimes). Cependant, des appels à des exécutions publiques ont aussi été formulés, reflétant la difficulté de dissocier justice et désir de vengeance après des années de violences, de tortures et de disparitions forcées. L'universitaire et militante syrienne Ghina Al-Shoumari interroge ainsi : Quel genre de justice voulons-nous pour Bachar El-Assad ?
La condamnation d'Assad est présentée comme une étape importante pour la justice transitionnelle, un processus visant à rétablir la confiance dans les institutions après une période de conflit ou de dictature. En Syrie, ce processus inclut la libération de prisonniers politiques et la reconnaissance des crimes commis. Cependant, des critiques émergent quant à la crédibilité de cette justice. Par exemple, environ 6 000 personnes seraient encore détenues sous le régime actuel, selon des sources officielles. La presse officielle syrienne salue cette condamnation comme une avancée, mais des observateurs indépendants s'interrogent sur la capacité du système judiciaire syrien à garantir un procès équitable et à éviter les biais politiques. La véritable épreuve pour la justice syrienne, selon certains, commence maintenant : celle de la mise en œuvre concrète des verdicts et de la réconciliation nationale.
Cette condamnation intervient dans un contexte où Bachar El-Assad, bien que déchu, reste une figure controversée. Après des années de guerre, son régime a perdu une partie de son emprise, mais il conserve des soutiens, notamment en Russie et en Iran. Les scènes de liesse observées à Damas et Deraa, deux villes symboliques de la révolte de 2011, montrent que la colère contre le régime persiste malgré les divisions politiques. La Syrie reste un pays profondément marqué par le conflit, avec des milliers de disparus et des familles en quête de vérité. La condamnation d'Assad, bien que symbolique, est perçue par certains comme une première étape vers la reconnaissance des souffrances endurées, mais son impact réel dépendra de la suite donnée par les autorités judiciaires et politiques.

