À quoi croyons-nous encore ? : La religion est-elle une valeur refuge ?
Entre défis globaux, conflits et tensions financières, la religion reprend de l’importance. De la recherche de sens au désir de solidarité en passant par le risque de division, la religion est-elle une valeur refuge ou une valeur repli ? Comment le religieux peut-il encore fonder du commun ?.
Dans un contexte marqué par des défis globaux comme les crises climatiques, les conflits armés et les tensions financières, la religion semble regagner de l’importance. Plusieurs indicateurs illustrent cette tendance : les églises sont plus fréquentées lors d’événements comme Pâques, les baptêmes d’adultes sont en hausse, les jeunes musulmans pratiquent davantage que les générations précédentes, et les pèlerinages enregistrent des records de fréquentation. Ces phénomènes soulèvent une question centrale : la religion devient-elle une réponse spirituelle à la perte de repères ou un refuge face à un sentiment de menace ? Les crises récentes, comme le conflit à Gaza ou les attentats, accentuent cette dynamique et brouillent la frontière entre quête de sens, besoin de communauté et repli identitaire.
La religion peut-elle encore fonder un bien commun partagé, ou devient-elle une ressource privée voire une source de division ? Cette interrogation traverse les débats actuels. D’un côté, la religion offre un cadre de sens et de solidarité, répondant à un besoin de communauté dans un monde fragmenté. De l’autre, elle risque de se transformer en ligne de fracture entre groupes sociaux ou religieux, notamment dans des contextes de tensions exacerbées. Les intervenants du débat, comme Yann Raison du Cleuziou, professeur en science politique, et Kahina Bahloul, première imame en France, explorent cette dualité entre refuge spirituel et risque de division.
Les pratiques religieuses évoluent, avec une intensification des engagements chez certains fidèles. Selon Yann Raison du Cleuziou, cité dans La Croix en 2025, seuls ceux qui intensifient leurs pratiques religieuses résistent à l’éloignement des institutions traditionnelles. Cette tendance s’observe dans plusieurs religions, où les jeunes générations se tournent vers des formes de spiritualité plus marquées, parfois en réaction aux crises sociales ou politiques. Par exemple, la jeunesse musulmane en France est plus pratiquante que ses aînés, et les églises voient une augmentation des baptêmes d’adultes, signe d’un engagement tardif mais volontaire.
Les figures religieuses jouent un rôle clé dans cette dynamique. Kahina Bahloul, première imame en France, met en garde contre la réduction de l’islam à une identité à part entière, soulignant l’importance de distinguer spiritualité et repli communautaire. Ses travaux, comme son livre Cheminer vers soi avec Dieu (2025), visent à promouvoir une approche inclusive de la foi. De son côté, Yann Raison du Cleuziou analyse les transformations du catholicisme en France, notamment à travers ses ouvrages Vers une Église sans peuple? (2025) et Une contre-révolution catholique (2019), qui explorent les tensions entre tradition et modernité au sein des institutions religieuses.
La frontière entre spiritualité et identité religieuse est de plus en plus floue, surtout dans un contexte de crises. Les attentats ou les conflits armés peuvent renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté religieuse, perçue comme un rempart face à l’insécurité. Cependant, cette dynamique comporte un risque : celui de transformer la religion en marqueur identitaire exclusif, au détriment d’un dialogue interreligieux ou d’une approche universaliste. Les intervenants soulignent la nécessité de préserver la dimension spirituelle de la foi, tout en évitant de la réduire à une simple identité collective.
L’avenir de la religion comme valeur refuge ou comme source de division dépendra de sa capacité à s’adapter aux défis contemporains. Les crises actuelles pourraient soit renforcer son rôle de ciment social, soit accentuer les clivages. Les débats récents, comme ceux portés par les *Rencontres de Pétrarque* en juillet 2026, montrent que la question reste ouverte. Les travaux de chercheurs comme Yann Raison du Cleuziou ou Kahina Bahloul offrent des pistes pour repenser le rôle de la religion dans une société en mutation, entre quête de sens et risque de fragmentation.

