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Lucas, 16 ans

The Conversation France · mis à jour il y a 22 j

Le 18 mars 2015, Lucas, seize ans, disparaissait sans laisser de traces, alors qu’il devait se rendre à la piscine. À l’époque, l’enquête ne donnera aucune réponse et n’identifiera aucun suspect.

Disparition de Lucas

Le 18 mars 2015, Lucas Tronche, un adolescent de 16 ans, disparaît sans laisser de traces alors qu'il devait se rendre à la piscine avec son frère. Son téléphone est éteint à 17h16 et ne se rallumera jamais. Il quitte son domicile avec un petit sac à dos presque vide, sans ses affaires de sport ni son argent de poche. Les recherches commencent rapidement, mais aucune trace de lui n'est retrouvée. Une enquête pour disparition inquiétante est ouverte le soir même. L'OCRVP (Office central pour la répression des violences aux personnes), spécialisé dans ces dossiers, souligne la difficulté de ces enquêtes : absence de scène de crime, de traces ou de suspect. En France, 58 000 disparitions sont signalées chaque année, dont une majorité concerne des mineurs en fugue.

Profil de Lucas

Les premières investigations révèlent que Lucas ne correspond pas au profil type d'un fugueur. Le parquet demande alors l'ouverture d'une information judiciaire pour enlèvement et séquestration, sans écarter aucune hypothèse : disparition volontaire ou mauvaise rencontre ? Plusieurs témoins déclarent l'avoir vu après sa disparition : une voisine entre 17h15 et 17h30, une autre femme le lendemain dans un champ, une équipe de bénévoles cinq jours plus tard dans un bois, et un motard une semaine après le long d'une route. Une adolescente et son père affirment l'avoir croisé dans un magasin éloigné, accompagné d'une femme d'une cinquantaine d'années. Pourtant, 90 % des témoignages sont sincères, mais souvent imprécis ou incomplets. Un chien policier ne piste sa trace que sur 1 km, et les recherches par hélicoptère ne donnent aucun résultat probant.

Les lettres anonymes

Un an après la disparition, les parents de Lucas reçoivent onze lettres anonymes rassurantes, accompagnées de feuilles d'arbre. Le contenu, écrit en lettres bâton, indique : «Que les parents de Lucas ne s'inquiètent pas. Il va bien. Pas de mauvaises rencontres. Il aime sa famille. Il va bien». Ce type de courriers est souvent lié à des troubles mentaux. Les psychocriminologues analysent ces messages à l'aide de la méthode SCAN (Scientific Content Analysis), développée par le FBI. Cette technique étudie la structure des textes, les pronoms, les verbes et les connecteurs pour évaluer leur crédibilité. Selon une étude de 2001, elle permet de distinguer les déclarations véridiques à 80 %. Les enquêteurs identifient finalement l'expéditeur grâce à des images de vidéosurveillance : un homme de 57 ans, employé dans un supermarché, présentant des traits de mythomanie. Il n'a aucun lien avec la disparition.

Disparitions en France

En France, 58 000 disparitions sont signalées chaque année, dont plus de 36 000 concernent des mineurs en fugue. Seules 3 % des disparitions sont considérées comme criminelles. Le fichier des personnes recherchées (FPR) classe les disparus en catégories, avec des procédures adaptées. Une étude de 2022, menée par des psychocriminologues et des universitaires, identifie deux indicateurs principaux pour suspecter une disparition criminelle : la personne marchait seule lors de sa dernière observation (55 %) et la disparition a lieu le week-end (23 %) ou la nuit (13 %). Dans 63 % des cas, la disparition survient à moins de 10 km du domicile, et dans 53 % des cas, le lieu présumé est un espace extérieur. Quatre typologies de personnes à risque ont été établies, mais le profil de Lucas n'en fait pas partie.

Résolution de l'affaire

Six ans après la disparition, les ossements de Lucas sont retrouvés par le GRIMP (groupe de reconnaissance et d'intervention en milieu périlleux) des sapeurs-pompiers, sur le flanc d'une falaise à 800 mètres de son domicile. Les analyses ADN confirment qu'il s'agit bien de sa dépouille, mais l'absence de certains os, comme le crâne, empêche de déterminer les causes exactes de sa mort. En France, entre 2010 et 2022, entre 120 et 150 corps sont inhumés sous X chaque année, dont un quart reste non identifié. L'OCRVP travaille à leur identification via des fichiers comparatifs et participe à la campagne internationale Identify Me d'INTERPOL, visant à retrouver l'identité de femmes anonymes décédées dans des circonstances suspectes.

Ce que ça pourrait changer

Les psychocriminologues jouent un rôle clé dans les enquêtes de disparition, notamment pour établir des profils psychologiques des victimes et des criminels. Leur travail s'appuie sur des recherches scientifiques, des statistiques et des outils comme la *victimologie*, qui étudie les caractéristiques des victimes pour évaluer les risques. Dans l'affaire Lucas, leur analyse suggère une piste accidentelle, comme une chute lors de sa recherche de pierres, une de ses passions. Leur expertise, combinée aux avancées technologiques comme la généalogie génétique, permet de résoudre des *cold cases* (affaires non résolues). Cependant, ces outils ne remplacent pas le travail humain des enquêteurs, souvent confrontés à des frustrations et des déceptions dans ces dossiers complexes.

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