Gadi Eisenkot, le général qui défie Netanyahou 1/4 : Épisode 1/4 : Du Maroc à la brigade Golani
Élevé à Eilat, loin de Tel Aviv et Jérusalem, Gadi Eisenkot appartient à cet Israël séfarade longtemps regardé de haut par les élites ashkénazes et par l'armée. Homme encore discret, il débute sa carrière dans l’armée israélienne et gravit petit à petit les échelons..
Gadi Eisenkot est né le 19 mai 1960 à Tibériade, en Israël, de parents juifs originaires du Maroc, plus précisément de Casablanca et de Marrakech. Ses parents ont immigré en Israël dans le cadre de l'aliyah marocaine, un mouvement migratoire massif de Juifs du Maroc vers Israël entre les années 1950 et 1960. Ce contexte s'inscrit dans une période où le Maroc, nouvellement indépendant, voit émerger un nationalisme arabe accompagné de violences antijuives, notamment en 1948 à Oujda et Jerada. La famille Eisenkot représente ainsi une partie de la population israélienne modeste et traditionaliste, souvent issue de la périphérie du pays, loin des centres politiques et économiques comme Tel Aviv ou Jérusalem. Ces origines séfarades contrastent avec les élites ashkénazes (Juifs d'Europe de l'Est) qui dominaient alors la société et l'armée israéliennes.
En 1978, à 18 ans, Gadi Eisenkot intègre l'armée israélienne et rejoint la brigade Golani, une unité d'infanterie d'élite fondée en 1948. Ce choix marque un tournant dans sa vie, car il s'agit d'une brigade mythique en Israël, souvent associée à la méritocratie militaire. Contrairement à certains de ses amis, Eisenkot n'était pas prédestiné à une carrière militaire, ce qui rend son parcours d'autant plus remarquable. La brigade Golani est réputée pour ses soldats aguerris et son engagement dans des opérations difficiles, notamment au Liban. Eisenkot y sert comme fantassin, un rôle exigeant physiquement et mentalement, qui lui permet de gravir progressivement les échelons au sein de l'institution militaire.
Gadi Eisenkot incarne une figure opposée à Benjamin Netanyahou sur plusieurs plans. D'un point de vue sociologique, Netanyahou est issu des beaux quartiers de Jérusalem, fils d'intellectuels ashkénazes ayant grandi et étudié aux États-Unis. À l'inverse, Eisenkot représente l'électorat traditionaliste du Likoud (parti politique israélien de droite), avec des origines marocaines, un milieu modeste et une scolarité éloignée des grands centres urbains. Cette différence de parcours explique en partie pourquoi Eisenkot est perçu comme un rival politique par Netanyahou, bien que ce dernier soit au pouvoir depuis plusieurs années. Leur opposition dépasse les clivages politiques classiques pour toucher à des questions d'identité et de représentation sociale en Israël.
L'intégration de Gadi Eisenkot dans la brigade Golani lui offre une opportunité unique d'ascension sociale. Dans une société israélienne marquée par des hiérarchies ethniques et sociales, l'armée représente un ascenseur social pour les populations issues de la périphérie ou des minorités. Eisenkot, issu d'un milieu modeste et traditionaliste, utilise cette voie pour se distinguer et gravir les échelons militaires. Son parcours illustre comment l'institution militaire, en Israël, peut servir de tremplin pour des individus éloignés des cercles du pouvoir traditionnel. Cette réussite militaire devient ensuite un levier pour une carrière politique, notamment en tant que chef d'état-major et figure publique.

