La visite ratée de Johnny Halliday à Beyrouth
Icône des jeunes à vingt ans et roi du twist, le chanteur Johnny Halliday fut invité à donner un concert à Beyrouth, au Liban, le 11 janvier 1963. Mais la censure s'en mêla, et craignant que ce pelvis en perpétuelle ébullition ne débauchât sa jeunesse, fit interdire le concert et repartir Johnny..
En 1963, Johnny Halliday, alors âgé de 20 ans, est une idole des jeunes en France. Surnommé le roi du twist, il incarne un mode de vie inspiré de l’Amérique rêvée des années 1960, marqué par la musique rock, les auto-tamponneuses et les mobylettes. Le twist, danse énergique et suggestive, devient un symbole de cette jeunesse en quête de liberté. Halliday, avec son pelvis en perpétuelle ébullition – une référence à ses mouvements de hanches jugés provocants, à l’image d’Elvis Presley –, représente une révolution culturelle pour les adolescents français, habitués à une musique plus traditionnelle. Son concert prévu à Beyrouth, au Liban, s’inscrit dans cette dynamique de diffusion d’une culture occidentale moderne, perçue comme déstabilisante par certains.
Dans les années 1960, le Liban est surnommé la Suisse du Moyen-Orient en raison de sa prospérité économique et de sa stabilité relative. Beyrouth, capitale du pays, est une ville cosmopolite, carrefour des cultures et des religions, où coexistent chrétiens, musulmans, juifs et druzes. La ville est réputée pour son dynamisme commercial, ses cabarets, ses boîtes de nuit et sa scène musicale variée, incluant jazz, variété libanaise, comédie musicale (avec les frères Rahbani) et même des groupes de rock arméniens. Cependant, malgré ce modernisme apparent, le pays reste marqué par des traditions conservatrices, notamment en matière de mœurs et de contrôle social, en particulier sur la jeunesse.
En 1963, le ministre de l’Intérieur libanais, Kamal Joumblatt, promulgue une loi interdisant le twist au nom du respect des bonnes mœurs. Cette décision s’inscrit dans un contexte où les autorités craignent que cette danse, jugée trop suggestive et suggestive, ne corrompe la jeunesse libanaise. Le twist, qui encourage le flirt et les mouvements sensuels, est perçu comme une menace pour l’ordre social et familial. Cette interdiction, bien que contestée par les jeunes, devient un symbole de la tension entre modernité occidentale et traditions locales. Elle illustre aussi la diversité des influences culturelles au Liban, où coexistent des courants progressistes et conservateurs.
Le 11 janvier 1963, Johnny Halliday est attendu pour un concert au Théâtre du Liban à Beyrouth. Cependant, quelques heures avant le spectacle, il est convoqué à la Direction générale de la Sûreté où on lui fait signer un engagement interdisant sa prestation. Cette décision est prise en vertu de l’arrêté de Kamal Joumblatt, qui craint que le chanteur, avec son style provocateur, ne contribue à la diffusion du twist. Halliday est contraint de quitter le Liban par le premier avion disponible. L’affaire suscite un vif émoi au Liban et en France, où elle est commentée jusqu’à l’Assemblée Nationale. Elle devient un symbole des contradictions du Liban, tiraillé entre modernité et conservatisme.
L’annulation du concert de Johnny Halliday à Beyrouth provoque des réactions contrastées. Au Liban, la jeunesse exulte et défie l’interdiction en organisant des soirées clandestines où l’on danse le twist. En France, l’affaire est moquée et commentée, notamment à l’Assemblée Nationale, où elle devient un sujet politique. Dans plusieurs villes françaises comme Biarritz, Bayonne ou Cannes, des concerts de Halliday sont également interdits par précaution. Ce n’est que dix ans plus tard, en 1973, que le chanteur pourra enfin se produire à Beyrouth, où il sera accueilli en *libérateur* par un public enthousiaste. Cette affaire illustre les tensions culturelles et sociales de l’époque, ainsi que l’impact d’une icône comme Halliday sur les mentalités.

