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Pourquoi le paiement en espèces fait un retour inattendu en Australie

The Conversation France · mis à jour il y a 2 j

Les trois quarts des Australiens gardent de l’argent liquide sur eux, pour un montant médian équivalent à 40 euros. Infomofo/Flickr , CC BY L’ESSENTIEL Après vingt ans de recul, l’usage des espèces repart légèrement à la hausse en Australie.

Retour surprenant des espèces

En Australie, après deux décennies de baisse constante, l’usage des paiements en espèces connaît un léger rebond entre 2022 et 2025. Selon une enquête de la Banque centrale australienne (la Reserve Bank of Australia ou RBA), environ 15 % des transactions sont désormais réglées en liquide, contre une part bien plus faible de la valeur totale des paiements (8 %). Cette tendance s’observe surtout pour les petits achats : un quart des transactions de moins de 10 dollars australiens (soit environ 6,20 €) sont effectués en espèces. Ce phénomène marque une inversion de la tendance historique, accélérée par la pandémie de Covid-19, qui avait encore réduit l’usage du liquide. La RBA souligne que cette reprise reste modeste mais significative, notamment pour les populations les plus vulnérables.

Qui utilise encore le liquide ?

L’usage des espèces en Australie reste fortement lié à des profils spécifiques. Environ 7 % des Australiens réalisent plus de 80 % de leurs achats en liquide, et ces utilisateurs sont majoritairement des personnes âgées, modestes ou vivant dans des zones rurales. Les régions isolées, comme certaines communautés autochtones, dépendent particulièrement du liquide en raison de l’instabilité des services numériques. La RBA indique aussi que les billets de 100 dollars australiens (environ 62 €) circulent massivement, avec une valeur totale de 31 milliards d’euros en circulation, soit près de 20 billets par habitant. Une partie de cette monnaie est probablement thésaurisée ou utilisée pour des transactions illégales, bien que ce phénomène soit difficile à quantifier précisément.

Avantages perçus du liquide

Un tiers des Australiens estiment que l’impossibilité de payer en espèces leur causerait de graves difficultés. Les raisons invoquées sont multiples : certains commerçants n’acceptent que le liquide, d’autres préfèrent cette méthode pour maîtriser leur budget, aider des proches ou éviter les frais supplémentaires appliqués aux paiements par carte. À partir d’octobre 2026, ces frais de transaction seront d’ailleurs interdits en Australie. Le liquide est aussi perçu comme plus sûr ou plus confidentiel, et 75 % des Australiens en conservent toujours un peu sur eux, avec une somme médiane de 65 dollars australiens (40 €), principalement par précaution en cas de panne des systèmes électroniques. La Croix-Rouge australienne recommande d’ailleurs cette pratique en cas d’urgence.

Difficultés d'accès au liquide

Malgré la demande persistante, l’accès aux espèces se réduit en Australie. Le nombre de distributeurs automatiques (DAB) a chuté de plus de 30 000 à moins de 25 000 entre 2022 et 2025, en partie à cause de la fermeture d’agences bancaires. Cette raréfaction touche particulièrement les zones rurales, où les services numériques sont déjà peu fiables. Pourtant, le gouvernement fédéral a pris une mesure pour stabiliser l’usage du liquide : depuis janvier 2026, la plupart des magasins d’alimentation et des stations-service sont tenus d’accepter les paiements en espèces, une décision qui vise à répondre aux besoins des populations les plus dépendantes du liquide.

Ce que ça pourrait changer

En Australie, les paiements par carte dominent largement : environ la moitié des transactions sont réalisées par *carte de débit* et un quart par *carte de crédit*, selon une enquête de la *RBA* de 2022. Les solutions numériques comme *BPAY* (un système de virement électronique) et *PayPal* représentent chacune 2 % des paiements. À l’échelle mondiale, la part des espèces dans la circulation monétaire varie considérablement : elle atteint environ 4 % du produit intérieur brut (PIB) annuel en Australie, au Canada et au Royaume-Uni, mais seulement 1 % en Suède, contre 20 % à Hong Kong et au Japon. Depuis peu, d’autres pays observent aussi une stabilisation, voire un léger rebond, de l’usage des espèces après des années de déclin.

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